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Full text of "Causeries sur Fécamp, Yport, Étretat, Colleville, Valmont, Saint-Valery-en ..."

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CAUSERIES 



FÉCAMP, YPORT, ÉTRETAT, COLLEVILLE. 
VALMONT, SAINT-VALERY-EN^CAUX, 
CANY ET AUTRES LIEUX. 

Le présent livre j orné d'un plan du port de 
Fécamp et d'un plan de la ville de Saint- 
Valéry y contient de bien notables 
légendes, et nombre de curio- 
sités : le tout colligéet trans- 
crit par un nommé 
Joaclim Michel, 
bonhomme 
dupays 




FÉCÀ«|ï^ --^ ^ 

CHBZ LA DEM. PICAED, TITTH im^ai èfi 1l1^'lffn«Tr 
Il DCCC LVII 



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'T> 7o^a 'UX 



lia ..-(] Cg'!'j:,o I.il^rarv 

(.:it oi Jf;Li- ri;.;vry Treat 
ic-u. -'0, K.^J. 



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PROLOGUE. 

ou l'on verra comment et pourquoi a été écrit 

LE présent livre. 



Savez-vouSy bonnes gens^ comment P.... 
Gai.... composait ces gros y grands livres^ 
qui font V admiration des antiquaires saugre- 
nus^ des papelards et des maîtres d'école du 
pays ? — // étendait une feuille de papier 
blanc sur une table y trempait une vraie plume 
dans de V encre de la petite vertu : puis s'en 
remettait au hasard. Le papier se couvrait 
bientôt de signes cabalistiques ^ figurant ^ des 
villes gallo-romaines y pleines d^ édifices splen- 
dides; le client heurtait à la porte du patricien; 
tes esclaves couraient ça et là ; lu grave 
romain relevait sur sa tête le pan de sa loge; 



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â PftOLOGUË. 

le gaulois y à la haute stature ^ regardait 
naturellement de travers les vainqueurs du 
monde,-^J*ai vu une goutte d'encre^ échappée 
de la plume du non jamais assez loué P..* 
G...^ s'étendre et représenter un port garni 
de trirèmes ; un tesson sur lequel portait un 
pied de la table se changer en un précieux 
fragment d'amphore; d'abondant^ une vieille 
savate se barbouiller de caractères tracés au 
onzième siècle (v. de pantouflis veterum. c» x 
§0.) C'était une charte rédigée en ce beau 
latin conservé jusqu'à notre époque par les 
formulaires pharmaceutiques. 

Ceci est merveilleux ^ sans doute ; mais un 
abstra^tcur en a trouvé la cause. 

Une émanation des choses du temps passé 
s'exhale y sans cesse ^ du sol foulé par les 
Calètes : ce fluide imprègne les fibres longi- 
tudinales des points d'appui^ s'étend dans les 
ais horizontaux^ agit avec force sur l'appareil 
olfactif de V écrivain et ^ pénétrant la masse 
de son cerveau^ lui cause une extase durant 
laquelle il voit aussi clair dans les siècles 
écoulés qu'un chat dans un miroir. Ce qui 
est un cas bien étrange ! 



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PROLOGUE. 3 

De là une foule de livres sur le Pays-ile- 
Caux^ qui encombrent les chemins et en font 
de véritables casse-cou. 

Pour remédier à ce mal si^ me dévouoiU 
pour le salut commun , f écrivais y me 
disais-je^ une brochure très-peu savante sur 
le tout petit coin de terre compris entre Etretat 
et Saint-Valery ? Ce serait moult profitable 
aux braves gens qui viennent chercher sur 
les côtes — à vingt myrianiètres et plus de 
leur chambre à coucher — de VeaUy de Vatr 
et du soleil. 

Mais pour parler d'une fraction de terri- 
toirCy si petite quelle soity encore faut-il la 
connaître; — pour la connaître ^ il faut la 
voir y — pour la voir, il faut 

Voyager ! ♦ 

Or y ce mot signifie parfois^ si je ne me 
trompe : 

Déceptions^ 

Mauvais gites^ 

Dîners détestables^ 

Digestions pénibles^ 

Hôtesses mal avenantes. 

Habits déchirés, 

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-4 PROLOGUE. 

Membres rompus^ 
Et le reste. 

Je faisais ces réflexions en face d'un bon 
clair feu de menues branches, La neige 
couvrait la terre^ et le givre avait suspendu 
aux rameaux dépouillés d'élégants festons 
cristallins qui faisaient plaisir à voir. 

Tout'à-coup (pour parler comme Vauieur 
du Thélémaquejy un tout petit homme joufflu, 
ventru^ lissé^ peigné^ vint se placer dans la 
cheminée y me cachant presque le feu : je 
reconnus de suite le démon de l'égoisme, pour 
l'avoir cent fois coudoyé dans la rue^ tandis 
qu'il allait chercher de l'argent. 

Qiie t'importent, medit-'il, les ornières et 
que les fous s'y rompent les jambes? Sage 
qui reste dans son fauteuil , se vêt selon la 
saison : boit chaud en hiver, frais en été, et 
ne demande pas de quel côté la terre tourne. 

C'est, répondis'je, l'avis d'Echephron en 
ses remontrances à Pichrocole. 

Mais au mois de mai, je humais, avant le 
jour, une fraîche senteur de fleur de pommier, 

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PROLOGUE. 5 

s'épaiidant au loin dans Vair. Le soleil parût ^ 
et Vun de ses rayons^ traversant une goutte 
de rosée y brûla cruellement un joli farfadet ^ 
endormi dans le calice d\ine fleurette. En 
sursaut réveillé^ le pauvret s'enfuit à toutes 
jambes et se cassa le nez contre un voyage 
Irh-pittoresque ^ relié en veau^ qui gisait à 
terre. 

Voilà pourtant à quoi sont exposés^ dans 
un pays iîiconnu^ ces bons touristes — qui sont 
des hommes^ après tout. 

Sur ce^ dûment guêtre^ un bâton à la main, 
je me mis en route, bien décidé à sonder les 
chemins avec le plus grand soin. 

Chemin faisant, j'ai rédigé les pages 
suivantes, où Von trouvera beaucoup d'igno- 
rance, et un grand nombre de contes bleus. 

Heureux si je puis faire éviter, à qui me 
tiendra par la basque: 

Guides, 

Histoires, 

Essais, 

Descriptions 

Pittoresques 

Et autres cas fâcheux. 

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ÉTRETAT 



J'ai trouvé un bien étonnant chapitre 
dans un gros livre, habillé proprement 
d'un superbe maroquin et rogné tout de 
travers. 

« A dix lieues N. E. du Havre, le village 

« d'Etretat mérite quelqu'attention 

« il est. situé dans un vallon creusé au 
« milieu d'une falaise de craîe^ et dont le 
« sol, plus bas que la macée haute , n'est 
« défendu contre les vagues , que par une 
« digue de cent mètres d'élévation, formée 
« par les galets que la mer y entassa 

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8 ÈTRETAT. 

« lorsque le vent souffle du Nord, et que 
« quelquefois elle détruit aussi. Il y a 
« environ vingt-cinq ans , la mer s'éleva 
« de cent cinquante mètres et envahit le 
« village ; une dizaine d'années plus tard, 
« elle y séjourna pendant quatre ou cinq 
« heures et emporta plusieurs maisons en 
« se retirant.4^ (*}r » 

Voilà comme les géographes disent vrai 
au moins une fois sur cent ! Une digue 
haute de cent mètres, formée et balayée 
tour-à-tour par la vague ; mais cela mérite 
en effet quelqu' attention. 

J'ai cherché avec soin les débris de 
l'arche où se sont réfugiés, sans nul doute, 
les témoins de ce mémorable envahissement 
de la mer, qui s'est avisée, en plein xix® 
siècle (d'après notre véridique auteur) de 
cacher sous ses eaux jusqu'au dôme du 
Panthéon, sans que le bureau des longitudes 
en ait jamais rien su : j'ai eu la douleur 
de ne pas trouver le moindre morceau de 
bois qui put témoigner de cet effrayant 
cataclysme. 

(I) Précis de la Géograpiiiç universelle. — Paris tsfo. 

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ÉTRETAT. 

Tout le mérite de cette découverte 
précieuse, qui renverse les opinions émises 
sur les formations neptuniennes — on ne 
les croyait pas si récentes — revient de droit 
à M. J.-J.-N. Huot, le savant continuateur 
de Malte-Brun. Cependant, je dois à la vérité 
de déclarer que Testimable géologue a eu 
le tort grave de négliger les fractions, 
lorsqu'il a mesuré la fameuse digue dont 
il parle : il s'est trompé de plusieurs 
millimètres. 

Ce point important éclairci, passons. 
Etretat n'est plus cet amas de bicoques 
aux toîts de chaume, assis tristement au fond 
d'un vallon dénudé , et visité seulement 
par les gourmets qui savaient apprécier 
la saveur du poisson péché sur cette partie 
de la côte. C'est le rendez-vous des artistes ; 
des littérateurs; des baigneurs, charmés de 
la transparence de l'eau , qui s'étend sur une 
belle plage couverte de cailloux roulés ; des 
curieux désireux d'admirer les capricieux 
contours des falaises. C'est une bourgade se 
faisant coquette pour recevoir ses hôtes. Les 
plus fidèles ont même planté là leur tente : ils 

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10 ÉTRETAT. 

ont bâti d'élégantes, de capricieuses, de 
vastes demeures ; défriché les pentes arides 
des coteaux ; planté des bosquets ; dessiné 
des jardins. Les auberges sont devenues de 
vastes hôtels. Enfin Ton a construit, près des 
cabanes de bains, un casino, cet accessoire 
obligé de toute plage adoptée par la mode. 

Pour accomplir cette transformation, il 
n'a fallu que quelques lignes d'Alphonse 
Karr, quelques croquis de Le Poitevin. 

A Etretat, tout a un caractère d'étrangeté 
qui frappe vivement l'imagination. Là, rien 
ne ressemble à ce que Ton voit partout. 

Le sol , plus bas que le niveau des 
hautes mers, est protégé par une digue 
de galets , remués sans cesse par les 
vagues , qui ont rompu plus d'une 
fois cette faible barrière. Quelqu'irruption 
soudaine des eaux de l'océan a dû donner 
lieu à une coutume conservée avec un 
soin religieux : le jour de la fête de 
l'Ascension , le clergé bénit la mer et lui 
ordonne de respecter ses Umites. (*) 

(l. Une pièce de procédure, datée de i7Si, queJ^ii eue entre les 
mains, parle en termes assez vagué^d'un déborderaenl des eaux. 

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ÉTRETAT. U 

Mais ce n'est pas tout, lorsque la mer 
ne mord pas la plage , les vallons versent 
sur le village des eaux ton^entielles qui 
ont maintes fois englouti des maisons, 
remplacées par des constructions nouvelles 
qui disparaîtront peut-être à leur tour. A 
diverses reprises, depuis le commencement 
de ce siècle, des inondations ont désolé ce 
pays : je citerai seulement Tinondalion de 
1842 , qui a causé de grands désastres sur 
toute la côte. Le sol disparut sous un 
lac fangeux ; quatre personnes furent 
noyées, et lorsque les eaux se retirèrent, 
elles laissèrent une énorme masse de boues 
cachant les murailles de quelques petites 
maisons. Le lendemain, les marins s'age- 
nouillaient devant une bière, déposée dans 
la lucarne d'un toît dont les chaumes 
touchaient la nouvelle alluvion. 

Une rivière arrosait la vallée et faisait 
tourner , il y a deux siècles à peine, les roues 
de plusieurs moulins ; elle a disparu, s'est 
frayé un cours souterrain et verse ses eaux 
dans les galets. A mer basse, les femmes 
creusent des réservoirs et lavent leur hnge 

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1â ÉTRETAT. 

en bavardant tant et plus, selon l'antique 

usage des lavandières. 

Etretat n'a pas de port mais seulement 
un échouage. Les marins hissent à force 
de bras leurs lourds bateaux sur la grève. 
Les vieilles embarcations sont conservées 
avec soin : solidement appuyées sur des 
cales et coiffées d'un toit de chaume , elles 
servent de magasins aux pêcheurs. 

Les falaises d'aval ont été décrites cent 
fois. Qui ne connaît le Trou à l'homme, la 
Chambre aux demoiselles, la Chaudière, la 
grande et la petite Porte , et l'Aiguille 
auprès de laquelle l'obélisque n'est qu'un 
jouet de Nuremberg ; œuvres cyclopéennes 
taillées à même une imposante masse de 
rochers, par la main puissante du temps? 
L'arche gigantesque qui s'appuie sur la 
falaise et se présente .toujours aux yeux 
est surtout célèbre. 

Malgré leurs grandes dimensions, toutes 
ces merveilles ont une certaine coquetterie 
qui leur a valu une partie de la célébrité 
qu'elles ont acquise. 

La falaise d'amont mérite vraiment une 

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ÉTRÊTÀT. là 

partie des éloges prodigués tant de fois 
à sa voisine de gauche. L'accès en est 
commode, grâce à un tunnel percé dans 
un bloc calcaire , et dû , tout entier, 
à la prévoyance humaine; il faut seulement^ 
pour gagner cette voie souterraine j s'enlever 
à la force des poignets sur des crampons 
de fer scellés dans le roc. A peine sorti de 
là, on trouve une grotte fort élevée et dont 
les parois sont tapissées de zoophytes à 
reflets cramoisis. L'aspectde cette falaise est 
imposant : les rocs tombés se superposent 
d'une façon bizarre; un énorme rocher gît, 
entouré de fucus , bravant depuis des 
siècles l'action destructive de l'Océan ; 
plus loin, une roche droite et élancée est 
posée, sur sa base étroite, comme une borne 
placée là pour indiquer une des stations de 
rOcéan. 

11 ne faut pas oublier de gravir et de 
descendre la valleiise de Bénouville, sentier 
capricieux contournant un vaste puits 
naturel , se perdant dans la falaise et se 
terminant enfin par un escaher taillé dans 
la pierre. Une inscription attribue ce 

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U ÉTRETAT. 

chemin rapide à M. Millaud; c'est une 
erreur : un contrebandier seul a pu s'aven- 
turer le premier sur ces pentes effrayantes. 
M. Millaud a fait, il est vrai^ améliorer la 
valleuse ; M. Huet , le propriétaire du 
château de Bénouville, la fait réparer avec 
le plus grand soin ; mais si les pêcheurs 
savent apprécier ces soins intelligents, plus 
d'une touriste intrépide regrette le temps 
où Ton faisait preuve de courage — ou 
d'étourderie — en se cramponnant à des 
Irons pratiqués de place en place, pour 
suivre une voie à peine tracée qui donnait 
le vertige. 

On trouve plus loin une magnifique 
fontaine dont les eaux coulent en légers 
filets sur les mousses emprisonnées dans 
un sédiment calcaire, et qui n'est pas une 
des moindres curiosités de cette partie de 
la côte. 

Les parcs creusés dans le vaste plateau 
semé de varech, que la mer recouvre deux 
fois par jour, ont été établis vers la fin du 
xviii® siècle. Les huîtres d'Etretat ont eu 
une grande réputation, mais l'exploitation 

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ÉTRETAT. 15 

de ces parcs a toujours été ruineuse. 
Commencée en 1782, elle était bientôt 
interrompue : dès la troisième campagne, 
la perte était de 49,000 livres, et les 
associés entamaient un de ces procès 
normands qui n'en finissaient plus. 

L'église d'Etretat est fort remarquable ; 
sa nef rustique est du roman le plus 
simple : en revanche , la lanterne est 
hardiment jetée et éclaire le temple d'un 
jour mystérieux. Cet édifice est placé loin 
des habitations, ce qui a fait l'objet d'une 
légende. 

Une pieuse dame lavant son linge au 
bord de la mer — ni plus ni moins qu'une 
princesse des temps héroïques — fut 
surprise par les pirates. Elle prit la fuite 
en faisant vœu de bâtir une église, si elle 
échappait aux mains des mécréans , ' et 
remplit religieusement sa promesse. Les 
constructions s'élevaient au milieu du 
village , quand le diable, qui-se mêle de 
tout, et que cela ne regardait point, s'avisa 
de trouver le lieu mal choisi. Chaque nuit, 
il transportait en tapinois, auprès du Petit- 

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iG ÉTRETAT. 

Val, le travail de la journée ; et ma foi, oii 

prit le parti de le laisser faire. 

Une Yoie romaine aboutissait à Etretat ; 
on en reconnaît, dit-on, la trace.— ^Je n'en 
sais rien. 

J'ai lu qu'une des mavches du calvaire 
était formée d'une pierre druidique trouvée 
îi Pierrefiques ; ce qu'il est fort utile dé 
savoir. 

J'ai vu dans maints bouquins que le sol 
eât plein de débris : aqueducs , villas , 
monnaies j pots cassés. — Si vous voulez 
vous en assurer , prenez une pioche et 
creusez. 

Que si vous découvrez une sépulture, 
cessez vos recherches et comblez la fosse : 
le sang a circulé sur les os dénudés que 
vous remuez ; ils ont obéi au souffle 
divin, 

Ln hochet est toujours trop cher , 
lorsqu'il faut^ pour l'acquérir, troubler le 
repos des morts. , 



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D ETRETAT A YPORT. 



Nous quitterons, s'il vous plaît, la route 
départementale , avec son silex finement 
broyé, pour suivre les sentes capricieuses 
qui s'étendent sur la crête de la falaise. 

L'inmiense forêt de Fécamp recouvrait 
toutes les plaines que nous allons apercevoir: 
elle a disparu, faisant place à des champs 
fertiles, et laissant seulement çà et là quel- 
ques bouquets de coudriers. L'on trouve 
encore, cependant, le long des côtes — sur 
la lisière des terres cultivées - — de vastes 
tapis de verdure, dont les moutons broutent, 



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iÇ D*ÉTRETAT. 

rez-de-terre, Therbe chargée de principes 

salins. 

Les ronds des fées gardent leur couronne 
d^herbes saillantes et jaunies. Les savans, 
qui veulent tout expliquer , voient là l'œuvre 
de petits champignons, dont les générations 
se succèdent , agrandissant chaque jour 
la circonférence tracée par leur action 
meurtrière. C'est ainsi que Ton a accusé 
les champignons d'une foule de méfaits : 
ils mangent, dit-on, les pommes de terre, 
rongent les blés, boivent le vin ; pourquoi 
prétendre encore qu'ils gâtent l'herbe? 

Sérieusement, les ronds des fées sont — ma 
nourrice me l'a dit cent fois — des « cernes 
magiques » où les lutins enferment , à 
l'heure de minuit , les imprudens qui 
veulent se mêler à leur fête : l'herbe foulée 
par la ronde fantastique, en garde à jamais 
l'empreinte. 

Dès que le soleil a quitté l'horizon , les 
gens sensés ne s'aventurent plus sur les 
terreins que ne remue point le soc de la 
charrue ; ils savent fort bien que si ils 
échappaient aux demoiselles^ ils tomberaient 

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A YPORT. 19 

dans les mains de quelque farfadet, porteur 
de lanterne, qui ne manquerait pas de les 
jeter à la falaise. 

Le fond de Vaucotte est un vallon étroit, 
où les eaux de l'inondation ont fait, en 1842, 
cinq victimes. Le chemin, qui mène à la 
mer^ a été creusé ' profondément par le 
torrent et il est encaissé entre deux talus 
d'argile et de cailloux : il conduit à une 
petite baie, de l'aspect le plus sauvage 
du monde, que j'aime toujours à revoir. 
<'/est une promenade que les désœuvrés 
ne doivent pas négliger. 

Il faut ensuite remonter le vallon et se 
diriger vers la ferme des Ferrières, placée 
sur le coteau nord. Le paysage est charmant; 
l'œil plonge dans dévastes fosses circulaires 
et profondes , que tapissent des arbres à 
végétation vigoureuse. Selon la tradition, 
on y a exploité un minerai de fer ; 
mais il est probable qu'on n'y a jamais 
cherché ce métal. Les pierres qui roulent 
sous les pieds des passans, semblent plutôt 
prouver que les gaulois ont fouillé le terrein 
pour en extraire les poudingues, composés 

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20 D'ETRETAT 

d'agathoïdes liés par un grès siliceux, qui 
leur servaient à confectionner les petites 
meules à l'aide desquelles ils broyaient 
grossièrement le blé. 

Non loin de là, mais sur le territoire de 
Saint-Léonard, on voit encore, dans la cour 
d'une ferme^ une tourelle où Ton enferme 
je ne sais quoi — des pourceaux peut-être : 
— c'est tout ce qui reste du château des 
Hogues. 

Au XII® siècle, la dame du lieu attirait, 
par mille ruses, nobles et vilains; les choyait 
d'abord , puis , lassée d'eux , les faisait 
précipiter à la mer, du haut des falaises : 
le sophiste Buridan ne s'en fut jamais tiré. 

Parfois elle les condamnait , par un 
affreux caprice , au suppUce infligé par 
le chanoine Fulbert au trop éloquent 
Abeillard. 

Un abbé, de Fécamp , qui espérait 
convertir l'enchanteresse, se laissa prendre 
à ses pièges. Sorti, on ne sait comment , 
sain et sauf du manoir, il éprouva de vifs 
remords, fit rude pénitence et mourut en 
versant des larmes de repentir. 

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A YPORT. -21 

Pour la dame, on la brûla très-bien, et 
le roi Henri, deuxième du nom, donna le 
château au monastère. 

Depuis quelques années, les cultivateurs 
du Pays-de-Caux ont fait de très-grands 
progrès dans Tart d'élever et d'engraisser 
les bestiaux. Les établesdeM. Lesenne, à 
Froberville , renferment de magnifiques 
bêtes de race normande pure , qui n'ont 
qu'à montrer dans les concours leur solide 
poitrail et leurs cornes menaçantes , pour 
remporter de vive force tous les prix. 

M. Lesenne possède assez de médailles 
pour s'en faire un immense collier. 



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YPORT. 



Il y a , je crois, tantôt un siècle que je 
visitai Yport pour la première fois. On 
y arrivait alors par un sentier rapide, 
semé de silex aigus ; la Grande-Rue , vrai 
cloaque , pavé de débris de poisson , 
recouverts de paille à moitié pourrie , 
exhalait une odeur fétide. La malpro- 
preté , la misère des habitans , étaient 
passées en proverbe : on disait en raillant : 
« qui a vu Paris et n'a pas vu Yport, n'a 
rien vu. » 

Les surnoms qualificatifs , prodigués à 

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24 YPORT. 

plaisir, témoignaient d'une demi-barbarie : 
Maringot , Petite-bête , G ueuxYille , Petit-œil , 
Bigearre, Maillon , tous hardis pêcheurs, 
sans cesse en contravention avec Tordon- 
nance de 1681; sans cesse poursuivis à la 
requête et au profit de M. Tamiral. 

Le peintre que j'accompagnais faillit être 
lapidé parce qu'il avait, à côté d'une grosse 
femme, croqué une femme grosse, dont le 
fruit ne pouvait manquer d'être compromis 
par un acte aussi insolite. 

Nous offrîmes à un vieillard, pour qu'il 
nous permît de retracer sa portraiture, un 
écu d'argent fin , dont les juifs avaient 
négligé d'altérer la tranche : il refusa. Un 
homme dont on faisait le portrait devait, 
disait-il, mourir avant que l'année ne fut 
révolue. 

Je vous affirme que l'on pourrait &' écrier 
en latin , — mais il est plus difficile de le 
dire en français : — qu'Yport est bien 
changé depuis ce temps-là. 

Les filles professent la plus grande estime 
pour les rapins, qui les représentent avec 
des jupons courts et des joues enluminées 

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YPORT. 25 

de vermillon : deux choses du meilleur ton 
dans le pays. 

Les vieillards peuvent vous apprendre 
qu'une pièce de cinq francs pèse vingt-cinq 
grammes d'argent, au titre de neuf dixièmes 
de fin : et ils savent par expérience combien 
il est difficile de gagner une pièce de cinq 
francs. 

Une belle route , bordée de coudriers 
s'appuyant au flanc des coteaux, s'em- 
branche sur la voie départementale. 

La Grande-Rue étale avec orgueil son 
revêtement de silex, de gentilles boutiques 
et beaucoup de cabarets. Une maison 
d'école vient d'être bâtie. L'odeur acre du 
poisson et du varech a perdu son intensité 
première. Cet étonnant progrès est dû en 
partie à deux fléaux : à l'inondation de 1842, 
qui a jeté à terre des masures remplacées 
aujourd'hui par des maisons convenables ; 
au choléra , qui a forcé brutalement les 
habitants à une propreté relative 

Yport étant d'abord une section de Cri- 
quebeuf , n'avait ni maire, ni église, ni école. 
Elevé à la dignité de commune , il voulut 

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26 YPORT. 

une église. L'argent manquait ^ on em- 
prunta : puis chacun , payant de sa per- 
sonne , apporta, à un signal^ de Teau, du 
sable, des cailloux ramassés sur la grève, 
et Tédiflce fut promptenaent construit. 

11 m'a fallu de longues recherches pour 
déterminer la date de ce zèle religieux, 
digne des beaux temps de la domination 
des hommes du Nord. 

L'église d'Yport n'appartient pas à la 
période romane ; 

Elle n'est pas de ce beau gothique 
flamboyant, qui tordait la pierre de mille 
façons ; 

Elle n'appartient pas à la renaissance ; 

Elle ne ressemble en rien à un temple 
grec ou à un biscuit de Savoie ; 

C'est une église comme il y en a peu ; 
c'est une église comme il n'y en a point. 

Architecte et yportais se sont bien 
compris : ils ont voulu faire non une égUse 
comme celle-là , non une église comme 
celle - ci ; mais tout simplement l'église 
d'Yport : et ils ont très bien réussi. 
. La chose s'est passée en 1839. 

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YPORT. 27 

Aux jours de fête, cette petite église se 
peuple d'une foule fervente, revêtue de ses 
plus beaux atours; et parfois, des doigts 
habiles ne dédaignent pas de s'appuyer sur 
les touches d'un harmonium, placé en face 
du chœur. 

Yport a un petit échouage défendu par 
une jetée ; il reçoit des barques de pêche 
que Ton hisse à terre , comme cela se 
pratique à Etretat. 

Les marins de ce point du littoral font 
surtout la pêche aux cordes. 

N.'B. — Un maquereau récemment péché 
devant Yport , plongé par les soins d'un 
indigène, et pendant le temps nécessaire, 
dans Q. S. d'eau de mer, p-r-é-a-1-a-b-l-e- 
m-e-n-t portée à la température de cent 
degrés centigrades ou environ, recouvert 
ensuite d'un mélange de crème fraîche et 
de beurre de bonne qualité, constitue une 
préparation qui agit d'une manière agréable 
sur les houppes nerveuses des palais les 
plus délicats. 



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D'YPORÏ A FECAMP. 



Deux fois par jour, les vagues battent 
le pied de la falaise ; mais lorsque la mer 
se retire, elle laisse à découvert une bande 
de galet et un vaste plateau de rochers 
couvert de plantes marines. Des sources 
s'échappent du sein de la haute muraille 
formée par des assises régulières de pierres 
calcaires et de silex ; creusent le roc de 
cent manières ; se précipitent en petites 
cascades ; forment de longs chapelets 
de gouttelettes s'irrisant au soleil et se 
teignant "des couleurs de l'arc -en- ciel ; 

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30 D'YPORT 

glissent et babillent sur le roc, sur le 
galet, sur des mousses et des lichens aux 
couleurs sombres. C'est un spectacle vrai- 
ment féerique, que rendent plus gracieux 
encore les masses imposantes qui le do- 
minent. 

Dans les hivers rigoureux, les eaux, se 
congelant, étalent sur le flanc des roches 
d'immenses miroirs de glace ; sculptent 
les ornements les plus bizarres ; ou bâ- 
tissent de gracieuses colonnades qu'un 
souffle de la brise du sud abat en un 
instant. 

Les eaux des fontaines dites deiîrainval, 
8ont chargées de principes calcaires ; mais 
elles ne possèdent pas un même degré des 
propriétés incrustantes : la première, lors- 
que Ton quitte Yport, est la plus remar- 
quable à ce titre. L'eau, se divisant en 
minces filets , s'évapore promptement et 
dépose sur les mousses ténues, un sédiment 
qui les recouvre en entier tout en laissant 
voir les plus déhcates ramifications de ces 
plantes finement dentelées. 

La spéculation s'est déjà emparée de 

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A FÉGAMP. 31 

l'une de ces sources, qui coule dans un 
canal, placé sous un tunnel percé dans la 
craie marneuse , et vient alimenter les 
fontaines de Fécamp. Deux autres fontaines 
vont bientôt cesser de jaillir sur les galets 
et prendre docilement la même route : il 
faut se hâter si on veut les voir avant 
qu'elles aient abandonné le cours qu'elles 
se sont frayé depuis des siècles. 

Le vallon de Grainval permet de regagner 
les hauteurs. C'est une belle occasion pour 
jeter un coup-d'œil sur un spécimen des 
fermes cauchoises. Une triple enceinte 
d'arbres touffus met à l'abri des vents de 
mer une belle masure appartenant à M. 
Dargent , intelligent propriétaire qui a 
contribué aux progrès de l'agriculture dans 
notre contrée. A ces terres soigneusement 
entretenues, peut s'appliquer ce dire d'un 
Borrichon : « qu'au pays de Caux on ne 
fait pas de culture , mais du jardinage en 
grand. » Le troupeau se fait remarquer 
aussi par la beauté des moutons et la 
tinesse de leur laine. 

L'aspect des fermes cauchoises doit sem- 

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32 D'YPORT 

blep étrange au voyageur qui n'a encore 
vu que des bâtiments d'exploitation enser- 
rés dans de hautes murailles ou agglomérés 
en villages. 

La maison du cultivateur, les granges, 
les écuries sont placées à quelque distance 
Tune de Tautre, dans une vaste cour^ bordée 
d'un fossé saillant sur lequel deux lignes 
d'arbres de haute futaie sont plantées. Les 
pommiers fleurissent à l'abri de ce rempart 
de verdure naissante sans ressentir les 
effets des brises de la mer. 

Des plaines entrecoupées de vallons 
entourent ces enclos qui semblent des 
redoutes destinées à arrêter une armée 
d'invasion. 

C'est plaisir de voir les fermiers cau- 
chois venir au marché dans d'élégantes 
voitures traînées par des chevaux de 
luxe : on devine de suite l'aisance due à 
l'intelligente direction donnée à l'industrie 
par excellence . 

M, Marchand a publié sous ce titre : 
« Rapport sur la situation de l'agriculture 
dans le canton de Fécamp, » une brochure 

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A FÉCAMP. 33 

remarquable, devenue malheureusement 
trop rare : on ne doit pas négliger de la 
consulter lorsque Ton peut s'en procurer 
un exemplaire. 

Au détour du chemin , le clocher de 
V Abbaye de Fécamp se détache sur la som- 
bre verdure d'une côte élevée, et domine 
avec majesté le toit des habitations. 

Le voyageur aperçoit bientôt une vaste 
enceinte , où se dessinent de petites émi- 
nences réguhères. C'est là que , depuis 
1789, les générations vieillies, faisant place 
aux générations nouvelles, reposent leurs 
os fatigués de ce dur voyage pendant lequel 
— mieux que des bornes miliaires — les 
tombes marquent les étapes , et qu'on 
appelle la vie. 

La ville enclosait autrefois les dépouilles 
de ses habitans : le vivant foulait familiè- 
rement le mort ; de jeunes et fraîches 
marchandes étalaient des fruits et des 
fleurs sur les pierres tumulaires. Parfois, 
dans une église, on levait une dalle ; un 
corps glissait par cette étroite ouverture 

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34 D'YPORT 

et Ton gravait sur la pierre un obiit^ sans 
que les chrétiens agenouillés aient inter- 
rompu leur prière. 

11 n'en est plus de même aujourd'hui : 
ces coutumes anti-hygiéniques nous sem- 
blent une profanation. 

Le cimetière est placé tout simplement 
au bord de la route — sur le chemin de 
guinguettes très fréquentées. — Lorsque les 
criardes chanterelles des violons convient les 
jeunes filles à la danse, elles cueillent, pour 
en parer leur sein, la rose qui s'incline sur 
le mur ; le soir, le buveur donne de la tête 
contre la porte 

Un enfant, assis sur le mur, frappait de 
ses talons la pierre , à intervalles égaux — 
suivant le rhythme que marquaient les 
cloches au loin. 

Le fossoyeur, presque caché dans le 
parallélogramme qu'il creusait , achevait 
en toute hâte sa lugubre tâche. Je le saluai 
comme je le fais toujours, lorsque je ren- 
contre un de ces terribles ouvriers qui ne 
chôment jamais. 

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A FÉCAMP. 35 

Le parfum pénétrant d'une plante odo- 
rante embaumait Tair ; l'alouette saluait 
le soleil de son cri joyeux, et Tenfant chan- 
tait — sur la triste mélodie des cloches — 
une chanson du pays que nous disions à 
l'âge insoucieux où l'on ne sait pas encore 
que la vie a un terme : 

Corps mort, viens-t-en, 
La terre t'attend ! 

Pauvre corps, peut-être passes-tu — sous 
le drap funèbre qui te recouvre — au miheu 
des affairés et des oisifs, sans qu'un seul 
te salue. 

Naguères plein de force , immobile 
aujourd'hui , voyageur au terme de ta 
course, qui m'accueilles à l'arrivée, laisses- 
tu seulement au monde un cœur aimant 
qui se souviendra de toi ? 



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FÉCAMP. 



SnL'ATIO> l'HYSIQUE — COMMERCE MARITIME 
INDUSTRIE. 



César, — Diodore de Sicile, — Antoniii, 
— Tacite , — Pline , — Strabon , — Julien , ne 
parlent pas du tout de cette ville. 

De ce silence obstiné, un auteur moderne ^ 
membre de plusieurs sociétés d'antiquaires, 
a conclu que César était venu à Fécamp 
et y avait fait construire une flotte consi- 
dérable. 

Je ne puis vraiment partager cette opinion . 

Elle est d'ailleurs combattue par une au- 
torité respectable, qui a pour elle la sanction 
des siècles : la légende du Précieux-Sang, 



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38 FÉCAMP. 

« Joseph d'Arimathie et Nicodème, dis- 
« ciples cachés de Notre Sauveur » 

Mais je vous conterais mal cette histoire, 
qui ne peut pas être abrégée. Echangez 
quinze centimes contre une brochure conte- 
nant la légende in-cœtenso. Vous trouverez 
facilement cet ouvrage , qui a été tiré à un 
nombre fabuleux d'exemplaires. Il faut 
cependant apporter un soin scrupuleux 
dans le choix de l'édition ; tenir compte de 
l'agencement des titres — des combinaisons 
ingénieuses de format — de la proportion 
des marges — de l'originalité des retirations 
— de l'égalité fabuleuse du tirage, — les 
typographes du cru ayant dépensé tout 
leur génie pour se distinguer dans l'exécu- 
tion de cette pubHcation, connue dans tout 
l'univers, et aussi répandue que les bibles 
anglaises. La dernière édition est la plus 
raisonnable ; partant, la moins complète. 

Au temps des rois mérovingiens, vivait 
dans la vallée, qui ne s'appelait peut-être 
pas Fécamp , un bonhomme du nom de 
Bozo , missionnaire chrétien , marié à la 
gauloise ou galloise Merca. Il construisit 

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\>^- 



FÉCAMP. 39 

uu oratoire que Waninge, gouverneur du 
Pays de Caux , remplaça par un temple. 
Des maisons se groupèrent autour de ce 
point central. — Cette origine simple et 
claire en vaut bien une autre. 

Je ne dirai pas comment les hommes du 
IVord détruisirent l'église et la rebâtirent 
ensuite ; comment William alla conquérir 
la grande île des Bretons : on m'accuserait 
peut-être de complicité avec les auteurs 
trop nombreux qui s'exposent — innocem- 
ment, jp le veux croire — à corrompre la 
jeunesse. 

La conduite de nos grands pères fut bien 
un peu blâmable ; car ils furent en leur 
temps grands occiseurs de chrétiens et 
pillèrent les moustiers. Cependant , les 
ar-chë-o-lo-gues (*) ne trouvent pas un 
couteau rouillé dans une ornière, sans faire 
aussitôt imprimer— sur papier d'Annonay, 
avec de belles marges — une relation com- 
plète de ces hauts faits, avec des détails... 
des détails que je ne reproduirai certes pas ; 

(') Les ignorants ne savent trop ce que ce mot signifie ; 
les savants ne le comprennent pas du tout. 

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40 FÉCAMP. 

dussé-je subir le supplice dont furent mena- 
cés les faucheurs qui fauchaient le pré de- 
vant lequel passa M. le marquis de Carabas. 

Or , on sait par quel enchaînement fatal 
de circonstances , faciles à prévoir , ces 
œuvres pénètrent, sous une forme inoflfen- 
sive, dans les maisons les mieux closes. 

Les bonnes et les petits enfans « grands 
lecteurs et curieux inspectateurs » du 
moindre chiffon de papier, lisent avidement 
ces tragiques histoires. 

Puis un beau jour, la cuisinièrCj Tesprit 
tout préoccupé de chroniques normandes, 
se trompe et met, au lieu de sel, de la mort- 
aux-rats dans le potage ! 

Je ne dirai pas plus de quel éclat brilla 
le monastère sous les ducs normands. 

Mais on peut consulter : 

Les manuscrits de la Bibliothèque impé- 
riale (selon ouï dire) ; 

Le Gallia Christiana ; 

Le Neustria Pia ; 

La Chronique de Sarrasin ; 

La description de la Haute-Normandie, 
par Duplessis ; 

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FÉCAMP. i\ 

L'histoire de Normandie , par Licquet ; 

L'histoire de Normandie , par Depping ; 

La description de la Normandie , par 
Guilmeth ; 

Le guide du voyageur à Fccamp , par 
B. Germain ; 

La Normandie pittoresque, publiée par 
Morlent ; 

Les esquisses sur Fécamp ou Fécan(5î"c), 
par Marette ; 

L'essai sur l'Abbaye de Fécamp , par 
Leroux de Lincy ; 

L'histoire de Fécamp, par Fallue ; 

Les Eglises de l'arrondissement du 
Havre, par l'abbé Cochet ; 

Un feuilleton, signé Déha, publié en 1 852 
par le Journal de Fécamp j, œuvre d'un style 
inimitable et d'une fabuleuse précision. 

J'oublie encore une centaine d'ouvrages, 
que chacun a nécessairement sous la main. 

A Fécamp , les femmes portaient une 
riche coiffure ornée de paillettes et de den- 
telles de prix, qui rappelait la forme du 
hennin du temps de Charles vi, et les des- 

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i-2 FÉCAMP. 

sinateiirs croient encore faire de la couleur 
locale à l'occasion de cette mode , qui 
n'existe plus depuis longtemps. On ne voit 
plus, dans notre contrée, que les disgracieux 
chiffons , qualifiés par les journaux de 
modes du nom de chapeau, ou des bonnets 
flasques et enrubannés. Le costume des 
cauchoises était pourtant d'une rare élé- 
gance et avait valu à cette contrée, de la 
part de nos galans grands-pères, le nom 
de Géorgie de la France : il contribuait à 
faire valoir le type de force et de fraîcheur 
qui s'est conservé longtemps. On disait 
bien déjà, tout bas, que peu de femmes 
montraient de belles dents ; et Lépech de 
la Clôture n'a pas manqué de recueillir 
cette observation malveillante. Il pensait 
que les cauchoises — vraies filles d'Eve — 
portaient la peine de leur penchant pour le 
fruit qui, dès l'origine du monde, fut fatal 
au genre humain. 

Des modes d'autrefois , que de choses 
l'on doit regretter ! Que ces belles croix 
d'or, capricieusement découpées, faisaient 
bien lorsqu'elles s'étalaient sur de riches 

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FÉCAMP. 43 

poitrines. Hélas ! elles ont été presque 
toutes dévorées par le creuset destructeur, 
et c'est à peine si les femmes de goût 
peuvent se procurer, aujourd'hui, quelques 
débris échappés au fourneau du fondeur. 
Qui rendra aux femmes ces beaux atours 
du temps passé ? aux hommes l'habit à la 
française, les larges boucles aux souliers, 
et ce vêtement nécessaire — que les anglaises 
ne savent pas nommer — dont la coupe 
heureuse laissait voir le développement 
musculeux qui place noire espèce au pre- 
mier rang de l'échelle des êtres! 

Le côté moral de la population mériterait 
bien une étude ; mais je ne suis pas assez 
observateur pour aborder ce point vraiment 
délicat. Je puis cependant emprunter à un 
autre bonhomme (*) quelques chapitres 
dont je lui laisse toute la responsabihté. 
Ce n'est pas seulement de Fécamp qu'il 
s'agit , comme on va le voir : 

<i Le monde entier sait que la franchise 

(') Revue rétrospective, par E. de la Querière. Rouen, 
1853. 

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U FÉCAMP. 

« n'est pas* la vertu familière du normand. 
« Il y a longtemps qu'on lui impute le 
« défaut de ne pouvoir dire ni oui, ni non, 
« ni nenni. Si vous demandez à un paysan 
« cauchois, par exemple, comment il trouve 
« telle denrée, tel objet quelconque, d'une 
« qualité vraiment supérieure ; constam- 
« ment il répondra par cette phrase très- 
« équivoque : Ce n'est pas mauvais. Jamais 
« vous ne pourrez lui arracher un véritable 
« éloge, comme si il y eût du danger pour 
« lui à laisser échapper son secret conten- 
« tement , même dans une affaire où ses 
« intérêts ne sont pas en jeu. 

<( Jamais le paysan cauchois n'ira directe- 
« ment à son but, ne traitera franchement 
« une affaire. Vous le verrez toujours biai- 
« ser, prendre un long détour , sonder le 
« terrain avec précaution , pour ne pas 
« s'aventurer ; enfin, n'aborder le sujet qui 
« l'amène qu'après avoir épuisé tous les 
« moyens de vous mettre sur la voie d'en- 
< tamer, vous le premier, la question qui 
«l'intéresse et à laquelle il vous laissait 
« venir si patiemment, si cauteleusement. 

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FÉCAMP. 45 

« Pour tout dire , ce manège n'est pas 
« seulement employé par des esprits in- 
« cultes ; il est dans les allures , dans les 
« habitudes du pays et de la province en 
« général. Aussi les normands passent-ils, 
« ajuste titre, pour des gens' très-fins, très- 
« habiles et très-subtils à Tendroit de leurs 
« intérêts. 

« Il est dans la nature de l'honune 
« d'affectionner les objets qui lui ont coûté 
<• le plus de peine... Ne soyons donc pas 
« surpris si beaucoup de gens sacrifient au 
« Dieu qu'ils ont rêvé toute leur vie. Pour 
« eux tout se résume par de l'argent, beau- 
ce coup d'argent , immensément d'argent : 
« non pas de l'argent pour en user ; mais 
« de l'argent , trop souvent , pour en faire 
« l'objet d'une sorte de culte ; de l'argent 
« pour en augmenter la masse, sans cesse 
« ni trêve, et jusqu'à la mort. » 

Voilà l'opinion d'un esprit chagrin , qui 
grossit, sans nul doute, les traits de son 
modèle. Je me bornerai à une seule obser- 
vation. A Fécamp , chacun veut avoir 
une maison entière à soi ; rarement deux 

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46 FÉCAMP. 

familles peuvent-elles vivre en bon accord 
sous le même toit : la vie est murée, les 
rapports peu fréquents ; il y a enfin sur 
la ville comme un reflet des habitudes 
monastiques . 

Fécamp est bâtie dans une vallée assez 
large , dominée par des côtes longtemps 
recouvertes de forêts , que le sol appauvri 
a laissé disparaître. Deux cours d'eau pre- 
nant leur source, Tun à Valmont, l'autre 
au Bec-de-Mortagne , se réunissent , après 
avoir reçu Teau de sources nombreuses (*) 
et se jettent dans la Retenue, vaste marais 
circonscrit par des alluvions. Le sol est 
très inégal : dans certains quartiers, où il 
dépasse à peine le niveau des hautes 
marées, il suffit de creuser à un ou deux 
mètres pour atteindre la nappe d'eau douce; 
dans d'autres quartiers^ la profondeur des 
puits atteint huit et même seize mètres. 

(') Voir l'ouvrage intitulé : Des Eaux potables, par E. 
Marchand , inséré dans les Mémoires de l'Académie de 
Médecine, et publié ensuite en un vol. in-4-o. Paris, 
Baillère, 1855. 



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FÉCAMP. M 

La ville s'étend sur une longueur de 
quatre kilomètres. On a longtemps affirmé 
qu'elle ne possédait qu'une seule rue; 
erreur bien pardonnable à ceux qui la 
traversaient en voiture et ne la voyaient 
que par une portière. 

Pour les uns, c'est une ville laide — mal- 
propre — mal bâtie — mal alignée — mal 
pavée : — un trou. 

Pour les autres , une ville gentille — 
proprette — dont les rues sont suffisamment 
larges. 

Comme partout, il est vrai, on y trouve 
de vilaines et dégoûtantes rues ; le pavé 
pédicide , que l'auteur des Sept Châteaux 
du roi de Bohême redoutait avec raison 
pour les pantoufles , recouvre encore un 
trop grand nombre de rues ; mais la ville 
plaît assez à ceux qui y séjournent quelque 
temps. 

Depuis trente ans , Fécamp a changé 
d'aspect ; ce n'est plus cette cité sombre 
et suie , entourée de hautes montagnes 
incultes , qui causait une impression si 
désagréable aux voyageurs. Elle a suivi la 

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48 FÉCAMP. 

loi du progrès ; et si les améliorations 
viennent lentement, elles se succèdent, du 
moins, sans interruption. 

On s'étonne, à bon droit , du peu de 
largeur du quartier où Téglise principale et 
l'Hôtel-de- Ville sont placés, et de ce qu'il 
est relativement peu peuplé. Ce fait s'expli- 
que facilement. Le monastère , dont les 
dépendances occupaient un espace considé- 
rable , coupait la ville en deux parties, 
qui n'ont commencé à se rejoindre qu'après 
la vente des biens nationaux et leur par- 
tage entre un grand nombre de particuliers. 
Une voie transversale, destinée à assurer le 
libre écoulement des eaux pluviales, a déjà 
produit le meilleur effet ; et les nouvelles 
rues que l'on sera forcé d'ouvrir pour 
rendre plus facile l'accès de l'embarcadère 
du chemin de fer,viendront bientôt complé- 
ter l'œuvre. 

A de rares exceptions près, les maisons 
sont modestes et n'ont pas exigé de grands 
efforts d'imagination de la part des maçons 
qui les ont construites : elles s'étendent 
assez à l'aise , n'ont qu^ deux étages au- 

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FÉCAMP. ^9 

dessus du rez-de-chaussée, et sont, pour 
la plupart, accompagnées d'un jardin, petit 
ou G^rand. 

Le jardin envahit jusqu'aux vieux rem- 
parts normands, au miheu desquels le che- 
min de 1er fait une large trouée. Les 
giroflées aux pétales d'or , les œillets pur- 
purins , glissent leurs racines dans le 
mortier désagrégé par l'air de la mer et 
s'étalent au sommet des murs. De toutes 
parts on aperçoit des coteaux, couverts de 
moissons , de plantureux jardinages et 
d'ajoncs. 

Les vents dôminans balayant la vallée, 
ouverte de l'est à l'ouest , les miasmes 
n'y séjournent pas et le pays est très-sa- 
kibre. 

L'industrie ne pouvait guères se déve- 
lopper dans une contrée soumise à la 
domination monastique ; aussi , pendant 
longtemps, l'histoire dfe l'abbaye fut-elle 
celle de la ville : les écrivains ne s'occupant 
que de nombrer les abbés et de narrer 
leurs faits et gestes. 

4 

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50 FÉCAMP 

Toutefois, si il est difficile de se rendre 
compte de Tétat du commerce maritime 
avant le xviii® siècle , il est permis de 
supposer avec Noël (*) que, dès le moyen- 
âge, les marins de Fécamp s'occupaient 
non seulement de la pêche, mais encore de 
la préparation du hareng et du maquereau. 

Cependant , certains auteurs ont donné 
au port de Fécamp une importance fabu- 
leuse. Ils en ont fait le principal point 
d'embarquement pour l'Angleterre, sous la 
domination normande ; ils ont voulu y 
loger une flotte de neuf cents voiles , et 
ont inventé maint autre conte à dormir 
debout. 

Tout prouve au contraire que ce point 
juarilime est de nouvelle création. 

Lorsque « de Betliencourt se partit de son 
liosteldeGrainville-la-Teinturière,enCaulx, 
|jour aller au païs des Canarres » — où M 
Leverrier « prcstre et domestique dudit 
Bethencourt », vit lesclioses étranges qu'il 
a couchées par écrit- — il s'embarqua à La 
llochelle ; après l'expédition qui le fit roi 

• (') Essai sur le drpartcmenl de la Soino-ïnférieiiiv. 

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e 



FÉCAMP 53 

Au XIV® siècle, on exécuta des réparations 
qui furent payées à Taide d'un impôt frappé 
sur les boissons. 

Au x\o siècle — pendant la domination 
anglaise — la retenue du dixième, exercée 
sur la vente du hareng, etc., produisait si 
peu qu'elle ne couvrait pas les dépenses. 
On fit néanmoins des travaux pour retenir 
Teau et nettoyer le chenal, 

Henri n accorda aux pêcheurs la fran- 
chise des droits sur le sel employé par eux à 
la salaison des harengs, des maquereaux et 
des morues. Jusqu'alors, ce privilège n'a- 
vait été donné qu'à Dieppe, Les habitans 
prirent alors l'engagement de contribuer 
pour moitié aux dépenses du port. 

En 1591, il fallut déblayer l'entrée en- 
combrée par la jetée d'aval. Il y avait donc 
deux jetées ; mais rien ne nous indique 
comment elles étaient construites, où elles 
étaient placées. 

Une réclamation d'un fermier (1592)) 
citée par M. Fallue, porte que « le trafic de 
la marine était délaissé par le rompement 
des port et barres du havre, » D'autres ré« 

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54 FÉCAMP 

clamations indiquent que plusieurs mai- 
sons, édifiées entre les deux barres, avaient 
été démolies pendant la guerre. 

Les commeroans refusèrent, en 1683, 
d'acquitter les droits de vicomte, perçus 
au profit de Tabbaye, qui obtint contre eux 
une sentence de Tamirauté ; les habitans 
ne se soumettant pas à cette décision, les 
moines s'adressèrent à l'intendant de la 
marine, qui, malgré une charte de Richard 
II, donna gain de cause aux récalcitrans. 
Le vicomte de la mer fut remplacé par 
un receveur des droits de l'amirauté. 

Lorsque les anglais bombardèrent Dieppe 
et le Havre, en 1694, ils ne daignèrent pas 
attaquer Fécamp. On l'avait pourtant mis 
en état de défense. Le fort du cap Fagnet 
conservait encore , il y a quelques années, 
les trois pièces de canon en bronze , à la 
devise de Louis xiv, qu'on y avait placées 
alors. On construisit en aval le fort Samso/i^ 
détruit aujourd'hui, et auquel les habitans 
ont toujours donné le nom de Batifol. (*) 

Des travaux importans vont bientôt 

(') Les cauchois prononcent Ba^i/au. 

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FÉCAMP 55 

doniier au porl la configuration qui lui a 
été conservée. On peut dire, en effet, qu'il 
a été commencé en 1710, sur les indica- 
tions de Vauban,qui fixa définitivement la 
passe au nord. 

Les travaux furent menés avec lenteur. 
En 1718, Tentrepreneur des ouvrages du 
roi se plaignait des malveillans qui — aigris 
peut-être par la part contributive demandée 
à la ville — « rompaient les bois et écor- 
naient les pierres» (*). En 1721, les 
écluse^ de chasse devaient être établies, 
mais le flot montait sur une partie du 
Grand-Qu;ii , dont la muraille n'était pas 
achevée en 1738 : quatre navires y trou- 
vaient à peine place, et il fallait, lorsqu'il 
en arrivait un plus grand nombre, les met- 
tre bout-à-quai. Il en était encore ainsi en 
1741. 

Malgré l'énorme masse d'eau enfermée 

(^) Les noies que j'ai recueillies sur les travaux du 
port, le commerce et la pêche, pendant le xviiie siècle, 
ont été puisées dans les registres de l'Amirauté , que M. 
Lemaître, président du Tribunal de Commerce, a eu 
Tobligeancç de mettre à ma disposition. 

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56 FÉCAMP. 

dans la Retenue , l'effet des chasses fut 
d'abord peu satisfaisant. Le remous, amon- 
celant les galets, forma, au milieu du port, 
une île sur laquelle les navires venaient 
prendre leur lest. 

La jetée du sud paraît sur les plans en 
1774; elle fut bientôt renversée par la 
mer, et on fonda, en 1793, une nouvelle 
jetée en pierre. 

Ce travail présenta de grandes difficul- 
tés : il ne fut achevé qu'en 1825. « La 
« mer, dit M. Ducrot , l'entoure de tous 
« côtés, l'accès en est presqu'impossible ; 
« le galet roule en grandes niasses par 
« dessus les ouvrages ; c'est avec la plus 
« grande peine qu'on parvient à le maîtri- 
ii ser au moyen de digues de garantie et 
M de jetées basses en charpente. Le chenal, 
« dans ce désordre, menace do se reporter 
« au sud de la construction. » 

C'était là une terrible lutte ; car on l'a 
(lit avec raison , c'est à Fécanip que l'on 
peut voir la mer dans toute sa beauté ou 
plutôt dans toute son horreur. Les vagues 
blanchissent au loin, se pressent , s'amon- 

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FÉGAMP 51 

des Canaries, il prit terre à Harfleur : non 
au port voisin de son logis. Harfleur, la 
\ille aux galions ; Honfleur (où le bon- 
homme Pantagruel s'embarqua pour le 
pays des Dipsodes) ; Dieppe ; envoyaient 
des vaisseaux vers des terres inconnues. 
L'audace de leurs navigateurs leur assurait 
des relations lointaines. Ango vengeait en 
roi l'insulte faite à ses vaisseaux par un 
roi. 

Qui parle de Fécamp pendant cela ? — 
Un receveur de l'abbaye se plaignant que 
le port coûtait plus à maintenir et à garder 
qu'il ne valait (*). 

11 se forme facilement, à l'embouchure 
des rivières dont le volume est peu consi- 
dérable , des bancs que des attérissemens 
successifs émergent, et qui se trouvent 
minés ou augmentés alternativement par 
l'action des vagues. C'est là l'origine du 
barrage de cailloux roulés qui sépare le 
port de Fécamp de la mer. L'eau se 
frayait un passage de chaque côté de ce 

(') Document cilé par M, Fallue, dans son Histoire do 
Fécamp. 

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52 FÉCAMP 

banc, formant ainsi deux passes très-varia- 
bles, pratiquées ou abandonnées, selon le 
tirant d'eau qu'elles présentaient. On a dû 
se contenter longtenips de Téchouage abrité 
par cette digue naturelle , et -même si la 
passe a été d'abord fixée au sud — comnrie 
le veut la tradition — les marins n'en ont 
pas moins conservé longtemps Thabitude 
de hisser leurs barques sur la plage, comme 
cela se pratique à Yport et à Etretat. (*) 

Au xiii*' siècle — alors que les habitans 
de Veulettes s'engageaient à construire un 
havre ; que les moines de Fécamp barraient 
la vallée de Palluel — on fit quelques tra- 
vaux au port de Fécamp, 

D'après les termes d'une donation, on 
peut affirmer que le port n'existait pas: ce 
n'était encore qu'une baie fermée par une 
digue , où les bateaux échouaient sur la 
vase. (^) 

(') Il y a une quinzaine d'années, la mer avant miné le- 
jialet, mit à découvert, près de la jetée du Nord, un puits 
de maçonnerie qui avait été construit pour servir de point 
d'appui à un cabestan. 

(=) Fallue (loco cit.). 



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FÉGAMP 61 

poursuites contre les ari»ateurs qui four- 
nissaient des vivres de mauvaise qualité 
ou en quantité insuffisante. 

Le capitaine Sabot, de Dieppe , employa 
le premier les lignes de fond, lont les pê- 
cheurs normands avaient l'habitude de se 
servir dans la Manche, et jeta l'ancre sur 
le banc en 1789. Celte tentative eut un 
plein succès, et l'auteur fit, dans la même 
année, deux fructueux voyages (*). Chacun 
s'empressa de suivre l'exemple de l'ingé- 
nieux dieppois et , bien que le gouverne- 
ment défendît d'employer une méthode 
qui exposait , disait-on , à de grands dan- 
gers les hommes allant tendre les lignes, le 
nombre des armemens pour Terre-Neuve 
allait devenir considérable , lorsque la 
guerre rendit impossible ces expéditions. 

A la fin du xviiie siècle , Fécamp entre- 
tenait quelques relations avec les colonies 
où les marchands envoyaient des paco- 
tilles ; les caboteurs apportaient des \ins, 

(') Voir une note, communiquée par un négociant de 
Fécamp, et insérée dans Tannuaire de l'Association nor- 
mande. 1850. 

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62 FÉCAMP 

des eaux-de-\^e , des goudrons , des 
houilles, des cotons, des cidres, du sel^ des 
bois, des fromages, de la graine de lin de 
Hollande, etc. 

Les navires anglais s'approvisionaient 
de thé à Tentrepôt ( 1 765) . En 1 780, Fécamp 
fut compris au nombre des quatre ports 
où, pendant la guerre, les smiKjglen pou- 
vaient aborder en fournissant caution et 
en se soumettant à diverses formalités . 

D'après Noël, 51 bateaux armèrent , en 
1781 , pour la pêche du hareng et rappor- 
tèrent 3,252 last de poisson, qui furent 
vendus 866,707 livres. Le nombre des 
bateaux envoyés à la pèche du maquereau 
s'éleva à 42, qui rapportèrent 1,806,200 
poissons, d'une valeur de 358,725 livres. 
11 ne donne pas de chiffre pour Terre- 
Neuve ; mais il dit seulement que cette pêche 
se soutenait bien. La maison Bérigny, 
seule , armait douze ou quatorze terre- 
neuviers. 

Les habitans du httoral s'abattaient sur 
les débris des navires naufragés et pillaient 

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FÉCAMP 57 

cèlent, arrivent menaçantes et furieuses, 
couvrent les jetées et s'élancent contre le 
pharillon, dont elles couvrent la lanterne 
d'un voile d'écume. 

On est cependant parvenu , en suivant 
les indications de Lamblardie et à l'aide de 
travaux tout récens, à rendre l'entrée sûre 
et facile. Les lames, brisées par un ingé- 
nieux système d'estacades à claire-voie, 
s'abaissent dans le chenal et rident à peine la 
surface de l'eau contenue dans l'avant-port. 

Le plan que je joins à cette notice fera 
bien apprécier la valeur des travaux dont les 
plus considérables ont été accomplis depuis 
1830. On exécute et l'on projette d'impor- 
tantes améliorations qui ne se feront pas 
attendre. 

Sans nul doute , l'établissement d'une 
gare à proximité du port va donner une 
impulsion nouvelle aux relations maritimes, 
et le bassin actuel ne suffira plus aux na- 
vires qui apporteront les charbons anglais 
et les bois du Nord. 11 faudra donc prolon- 
ger les quais le long des remblais opérés 
pour recevoir l'embarcadère , et la ville 

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58 FÉCAMP 

s'étendra, dans le sens de sa largeur, sur 
des terrains où les vaches broutent Therbe. 
Il y a là tout un quartier à créer. — Dieu 
veuille que quelque hardi spéculateur s'em- 
pare de cette idée et couvre les alluvions 
d'un réseau de rues. 

Le chenal , ouvert à Touest, est situé à 
49« 46' 56" de latitude et- 1° 58' 15" de 
longitude 0. 

Etablissement pratique de la marée : 
10 h. 30 m.; théorique : 10 h. 21 m. 

Les conditions dans lesquelles se faisait 
la pêche côtière, dans la première moitié 
du xviii® siècle, méritent d'être rapportées. 
Celte industrie , presqu'abandonnée , em- 
ployait, à Sainl-Jouin, à Etretat, à Yport, 
à Saint-Pierre , aux Dalles , un grand 
nombre de barques de six à huit tonneaux, 
dont les équipages se mettaient fréquem- 
ment en contravention avec l'ordonnance de 
1681, qui défendait la pêche du hareng 
après le premier janvier. Tous ces ports 
d'échouage étaient garnis de cabestans. 

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FÉCAMP. 59 

Le poisson était porté à Rouen et à Paris 
sur des chevaux conduits par des chasse- 
marée. 

La pêche des soles, seule, employait six 
barques à Saint-Jouin. J'ai eu sous les 
yeux un acte par lequel le pourvoyeur du 
roi s'engageait (1727 , modifié ^ en 1728) à 
payer, pendant le carême , cinq livres dix 
sols de la paire»de soles « dont la longueur 
est marquée d'un couteau sur le bord du 
bateau.» 

Fécamp armait , pour la pêche du ma- 
quereau et du hareng, de grandes barques 
montées par de nombreux équipages , et 
que l'on nommait caravelles, gondoles, etc. 
Comme cela se fait encore , les bénéfices 
étaient partagés. Je lis dans une déposition 
(1719) ... et que de temps immémorial, 
il y a un tiers pour le navire , un tiers 
pour l'équipage et un tiers pour la vic- 
tuaille. » Pour la pêche côtière du hareng, 
les bateaux laissaient leurs filets mouil- 
lés jusqu'à la marée suivante et sortaient 
de nouveau pour les haler à bord (1707). 

Le premier voyage à Terre-Neuve, dont 

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60 FÉCAMP. 

il soit fait mention dans les pièces que j'ai 
consultées, date de 1719. J'ignore si les 
na\ires de Fécamp avaient tenté cette na- 
vigation à une époque antérieure. Jusqu'en 
1789, la pêche s'est faite à la dérive. 
Tandis que le navire obéissait au courant^ 
chaque matelot, placé dans un baril, tenait 
une ligne qu'une masse de plomb faisait 
couler à la profondeur voulue. Pendant 
sept mois et plus, les hommes restaient, 
dans une immobilité presque complète, 
exposés à toutes les intempéries d'un rude 
climat. Le scorbut faisait de terribles ra- 
vages , que la science très-restreinte du 
chirurgien était impuissante à combattre ; 
car, comme le dit le commentaire de l'or- 
donnance de 1681 , on pouvait n'embarquer 
qu'un simple frater. 

L'équipage se composait d'un capitaine, 
d'un pilote, d'un contre-maître, d'un chi- 
rurgien, d'un charpentier, d'un saleur, de 
six ou huit matelots et d'un mousse ou 
garçon de chambre. 

La nourriture était si mauvaise, que le 
procureur du roi dût exercer (1734) des^ 

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FÉCAMP 63 

les marchandises. Je consignerai seulement 
quelques-uns de ces actes de sauvagerie 
trop connus sur nos côtes : 

1731. — Un navire échoue à Etigues^ 
se brise et il est impossible d'en reconnaî- 
tre la nationalité. Une femme est convain- 
cue d'avoir dépouillé et laissé nus sur la 
grève deux cadavres : elle est fouettée, sur 
le quai, par Texéculeur des œuvres crimi- 
minelles. 

1733. — A la suite d'un naufrage, toutes 
les ménagères avaient eu soin de faire leur 
provision de beurre. Le procureur du roi 
va inspecter tous les pots beurriers^ et met 
en prison un grand nombre de femmes trop 
prévoyantes. 

1749. — L Heureuse-Marie y de Marseille, 
se met ù la cote, près d'Etrelat. Des pil- 
lards, armés de fusils , livrent combat aux 
j^'ardiens envoyés par l'amirauté, les mettent 
en fuite et volent des cotons filés, du savon, 
etc. La valeur du chargement étant très- 
considérable, l'archevêque de Houcn vient 
en aide à la justice séculière et lance des 
monitoires contre ceux qui gardent dos 

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Oi FÉCAMP 

marchandises dérobées. La liste des restitu- 
tions est longue et tient tout un gros 
registre. 

1772. — A la suite d'une longue tem- 
pête , un navire se brise auprès de Fé- 
camp. Un homme, ceint d'une corde que 
tiennent trois complices , se jette dans 
les flots , s'empare d'une foule d'objets , 
roule à terre une barrique d'huile qui est 
enlevée aussitôt. C'était, dit la plainte for- 
mulée par le procureur du roi , un ecclé- 
siastique resté inconnu. 

Durant les guerres maritimes de la répu- 
blique et de l'empire, le port fut fréquenté 
par les corsaires. La pêche côtière survécut 
aux autres entreprises et l'on construisit, 
pour cet usage, un grand nombre de yoles. 
C'étaient d'élégantes embarcations à clins (*) 
qui portaient une voilure énorme, et dont 
la misaine , s'alongeant sur un beaupré 
incliné, plongeait dans la vague. 

Depuis 1830, le commerce a pris un 

(') A hordaffcs superposes. 

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FÉCAMP 65 

accroissement rapide, et aujourd'hui, grâce 
à la prolongation de la ligne de fer, l'avenir 
du port est assuré. Ce ne seront plus les 
navires qui manqueront aux bassins, mais 
les bassins qui manqueront aux navires. 

Le port de Fécamp emploie à la navi- 
gation de long-cours six navires , jaugeant 
ensemble 1,710 tonneaux 85 centièmes ; il 
compte 25 caboteurs, jaugeant 2,287 ton- 
neaux 92. 

La pêche du maquereau est faite par 26 
bateaux, jaugeant 1,722 tonneaux 91 c, 
et la pêche du hareng par un nombre à 
peu près égal de bateaux du même ton- 
nage. La pêche de la morue dans les mers 
d'Islande, par 4 navires, jaugeant 245 ton- 
neaux. 

Les terre-neuviers qui font la campagne 
de 1857 sont au nombre de 31 et jaugent 
7,946 tonneaux. 

Les navires qui vont à Terre - Neuve 
sont, pour la plupart, d'une construction 
élégante, gréés avec soin, etpouraient être 
employés pour les voyages de long-cours. 
Presque tous font leur retour à Cette : 

5 

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m FËGAMP 

le produit est de 6 à 7 millions de kilo- 
grammes de poisson salé à bord. 

Le port de Fécamp reçoit en outre uu 
assez grand nombre de navires étrangers 
qui importent des houilles ^ des bois du 
nord , des goudrons , de la graine de lin , 
etc. 

Enfin, pour en finir avec tous ces détails 
(le statistique^ Fécamp compte : 

Sept Filatures de coton, mues simulta- 
nément par l'eau et la vapeur. 

Trois Tisseries mécaniques ; 

Quatre scieries mécaniques (*) dont F une 
appartient à M. Sautreuil, inventeur d'in- 
génieuses machines à raboter, et d'une 
machine à scier les courbes, qui a obtenu, 
à Londres , une médaille de deuxième 
(^lasse, et à Paris, une médaille d'argent. 

Quatre Minoteries à moteur hydrauhque; 

Trois Moulins à l'huile ; 

Deux Brasseries de bière ; 

(') Le vaste établissement de M. Fréret, où se trou- 
vait entassée une grande quantité de bois , a été détruit 
par les flammes, le 13 mars 1857. Il a été reconstruit 
de. suite. 

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FÉGAMP 67 

Une Fonderie de cuivre , fonte et fer • 
Quatre Constructeurs de machines ; 
Quatre Constructeurs de navires ; 
Il existe encore dans le canton, outre 
les Moulins à blé et à fabriquer Thuile de 
colza, une Distillerie, à Saint-Léonard, et 
une importante filature de lin à Gerville. 
On trouve en outre, à Fécamp : 
Un Pensionnat de demoiselles ;> 
Deux Pensionnats de garçons ; 
Tribunal de Commerce; Justice de Paix- 
Ingénieur des Ponts-et-Chaussées ; Recette 
principale des Douanes; Brigade de gen- 
darmerie, etc. 

La population atteint le chiffre de 
10,921 âmes. 



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FÉCAMP. 



MOM MEiNS — ROCHEKS — BAINS — CARIUÈRES. 



Une chapelle , construite au xii^ siècle , 
sur la côte de la Vierge , par le normand 
Baldwiri, et mainte fois remaniée depuis, a 
longtemps servi d'amer aux marins , qui 
voient poindre son clocher avant d'aper- 
cevoir la terre. 

Elle est l'objet de nombreux pèlerinages; 
mais c'est surtout le vingt-cinq mars, jour 
à' assemblée y et le mardi qui snit la fête de 
la Trinité, qu'elle reçoit le plus de visiteurs. 
Ce dernier pèlerinage s'est maintenu — au 
dire des moines chroniqueurs — en mémoire 

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70 FÉCAMP 

d'une épidémie dont les habitans d'Yvetot 

furent délivrés par Tintercession de N.-D.- 

de-Salut. 

Les pèlerins visitent encore pieusement 
une source, jaillissant à l'endroit où Ton 
prétend que la mer déposa un arbre qui 
renfermait le sang recueilli sur les plaies de 
Jésus-Christ ; mais ils ne se contentent pas 
de cela; et parfois — comme à Saint-Denis- 
d'Héricourt , comme à Rolleville — on 
plonge dans cette eau glacée de malheu- 
reux enfans rachitiques ou affligés de 
l'une de ces éruptions si fréquentes pen- 
dant les premières années de la vîe. Quoique 
ce vestige des superstitions druidiques en- 
traîne de graves accidents, il reste, malgré 
tout , enraciné dans l'esprit d'un grand 
nombre de personnes. 

Ln beau phare à feu fixe et de premier 
ordre est allumé chaque soir depuis 1836. 
11 est placé non loin de la falaise ; sa lan- 
terne s'élève à cent trente mètres au-dessus 
de la haute mer, et on l'aperçoit, par un beau 
temps , à une distance de dix-huit milles 

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FÉGAMP 71 

marins. Il correspond a\ec les feux de la 
Hève et d'Ailly. 

On a trouvé, en creusant les fondatioui? 
de ce phare, un sou marqué à l'effigie de 
Louis XII, et l'on en a bien vite conclu qu'un 
certain bourg Beaudouin — dont on parle 
beaucoup sans savoir ce que c'était — 
comptait encore des habitans sous le règne 
du roi surnommé le juste, à cause (h son 
adresse au tir de Tarquebuse. 

Les ligueurs avaient construit sur cette 
hauteur — encore boisée à la fin du xvi^' 
siècle — une forteresse qui fut prise par 
Bois-Rosé ou Bosc-Rosé , et détruite quel- 
ques années après. 

Cette merveilleuse histoire a été narrée, 
redite , refaite par je ne sais combien 
d'auteurs ; ce qui m'autorise à la raconter 
en peu de mots. 

Bois-Rosé voyant que le fort du Bourg- 
Beaudouin - de - Bos était soigneusement 
gardé du côté de terre, pendant que la 
garnison ne mettait pas même une senti- 
nelle sur la falaise , résolut de l'enlever 

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72 FÉCAMP 

par le seul point qui paraissait inacces- 
sible. 

Rude était Tentreprise ; car il lui fallait 
gravir un mur naturel de trois cents toises 
de haut, d'après Palma-Cayet, — de cent 
toises , au dire de Sully, — de cent onze 
mètres vingt-cinq centimètres , selon M. 
IJucrot. 

L'audacieux capitaine réussit à cor- 
rompre deux soldats qui lui jetèrent, par 
une nuit obscure, une corde à l'aide de 
laquelle ils tirèrent à eux un solide câble, 
muni d'échelons, qu'ils fixèrent à une em- 
brasure. Il ordonna à cinquante hommes 
qui l'accompagnaient de monter devant lui, 
et il mettait à peine le pied sur le premier 
échelon, que la mer emportait les barques 
et avec elles tout moyen de fuite. A mi- 
chemin, le cœur manquant au sergent qui 
menait la colonne , Bois-Rosé , grimpa 
sur les épaules de ses compagnons , arriva 
jusqu'à lui , le menaça d'un poignard et 
le contraignit d'avancer. Les aventuriers 
pénétrèrent dans le fort avant le jour et se 
rendirent maîtres de la garnison. 

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FÉCAMP 73 

L'histoire a enregistré peu de faits aussi 
remarquables, et parmi les héros de l'an- 
tiquité, tant vantés par les barbacoles... 

Je me retournai alors et je vis un mon- 
sieur très-sèchement vêtu , qui — tenant 
le pouce et l'index élevés et rapprochés 
d'une façon emblématique — curieusement 
regardait mon papier : il ouvrit les doigts, 
et un grain de tabac me tomba dans l'œil. 

Pensez -vous, me dit -il, qu'un léger 
cordeau , long seulement de cent onze 
mètres vingt-cinq centimètres, et de taille à 
porter cinquante hommes — maigres, il est 
vrai, comme il convient à des aventuriers 
(les obèses étant dormeurs et flegmatiques 
de leur nature) — fut bien facile à manier 
pour deux soldats. 

Il m'a toujours semblé , continua-t-il , 
qu'il y avait alors d'énormes rochers su- 
perposés... 

Je l'interrompis et lui représentai dou- 
cement que si Alexandre, Hercule, Pichro- 
cole, Horatius, Don Quichotte, avaient fait 
toutes choses fa€iles, on n'en parlerait pas 
du tout. Il convient d'ailleurs de croife tout 

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7i FÉGAMP 

cas meneilleux, relaté en lettres moulées. 

Pàlma-Cayet est bien un peu obscur lors- 
qu'il parle « d'une escalade composée d'un 
« artifice admirable qu'il (Bois-Rosé) planta 
« le long du rocher, du cote de la mer ; » 
du temps qu'il mit « à faire une lieue de 
« chemin, planter les échelles; » mais Sully 
se fait dire par son secrétaire — j'ignore 
lequel , le bonhomme en ayant eu une 
douzaine — « l'une desquelles opportuni- 
« tés ledit sieur Bois-Rosé ayant choisi et 
« fait accommoder auparavant un gros câble , 
« qu'il vous a fait voir plusieurs fois à 
«Rouen, de hauteur commode pour le 
« roc qu'il voulait gravir, et à iceluy, d'es- 
« pace en espace, fait faire des nœuds pour 
<» se tenir des mains , et des estriers de 
« corde avec des petits bâtons , pour y 
(' apposer les pieds, il rassembla cinquante 
« soldats des plus déterminés de sa connais- 
w sance, la plupart matelots qui grimpent 
^ aux hunes, lesquels il avait esprouvés en 
« plusieurs périls. » 

Bois-Rosé était d'ailleurs un rude gail- 
lard : il fit des siennes au siège de Rouen. 

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• FÉCAMP 75 

Bien qu'il ait été tué en duel , auprès 
(i'Étretat, les historiens nous apprennent 
qu'il mourut paisiblement dans sa terre 
de Limpiville , après avoir fait construire 
un moulin. 

Cette partie de la falaise mérite d'attirer 
l'attention des voyageurs, et cependant elle 
est à peine connue d'un petit nombre 
d'habitans du pays. C'est que l'accès 
de cette partie du littoral n'est possible 
que lorsque la mer se retire assez pour 
que l'on puisse franchir à peu près à 
pied sec le passage qui se trouve situé 
au pied de la partie saillante du heurt de 
Fécamp : il n'en serait pas ainsi si l'on 
avait, pour les pêcheurs et pour les curieux, 
la même sollicitude qu'à Etretat. Il serait 
facile, en effet, d'établir une communication 
soit par un tunnel , soit par un sentier 
passant au-dessus du barrage naturel qui 
interrompt la voie. 

La falaise de Fécamp se désagrège faci- 
lement , et de temps à autre , d'énormes 
masses de pierres se détachent et roulent 

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FÉCAMP n 

cycle immense qui se trouve circonscrit 
par la mer, on oublie l'heure en admirant 
les puissantes lignes qui profilent le pied 
delà falaise; les édifices capricieux dont 
les voûtes ont été taillées par les vagues ; 
et la marée surprendrait l'imprudent visi- 
teur, si il n'était averti par les pêcheurs 
empressés de regagner le passage du Trou- 
au-Chien, avant que l'eau ne lait re- 
couvert. 

Les maisons cachent , tout près de la 
jetée du nord, une excavation dans laquelle 
-au dire des antiquaires saugrenus - les 
druides cachaient leurs pièces de cent 
sous, gardées soigneusement par les loups- 

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longtemps. fabricans de toiles 

C'était en 1744. Les la 

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76 FÉCAMP. 

sur le plateau qui formait la base de la 
montagne , lorsqu'elle s'avançait dans la 
mer. Certaines parties , plus solides , ont 
résisté à Teffort des vagues qui les ont 
creusées ou sculptées d'une façon bizarre. 
C'est d'abord le Trou-au-Chien y dont la 
lourde voûte est soutenue par plusieurs 
piliers courts et massifs ; puis la Porte-au- 
Roiy sorte de nef d'où la vue s'étend sur 
des roches bombées et galbées, dont l'ima- 
gination de nos aïeux avait fait les sièges 
de géants qui se réunissaient là vers le 
soir. Enfin, la. Porte -à- la-Reitie ^ arcade 
élevée et bizarre servant de cadre aux par- 
ties de falaise que l'on a admirées chemin 
faisant. 

J'avouerai humblement que je ne sais 
pas à quelle visite royale ces deux roches 
ont dû le nom qu'elles portent encore. 

Entre les portes, l'isolement est complet; 
il y a là un cachet de grandeur sauvage 
que l'on ne trouve nulle part. Le roc se 
montre à nu ; à peine quelques saillies 
sont - elles revêtues de petites touffes 
d'herbes desséchées. Au milieu de l'hémi- 

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PÉCAMP 77 

cycle immense qui se trouve circonscrit 
par la mer, on oublie l'heure en admirant 
les puissantes lignes qui profilent le pied 
de la falaise ; les édifices capricieux dont 
les voûtes ont été taillées par les vagues -, 
et la marée surprendrait Tiniprudent visi- 
teur , si il n'était averti par les pêcheurs 
empressés de regagner le passage du Trou- 
aU'Chien y avant que l'eau ne l'ait re- 
couvert. 

Les maisons cachent, tout près de la 
jetée du nord, une excavation dans laquelle 
— au dire des antiquaires saugrenus — les 
druides cachaient leurs pièces de cent 
sous, gardées soigneusement par les loups- 
garous et les gobehns. 

L'origine de cette carrière est , à vrai 
dire, moins celtique : on la creusa pour en 
tirer des moellons , qui furent employés à 
la construction du mur qui bordait la 
passe. Elle a été témoin d'une petite aven- 
ture que j'ai entendu raconter il y a bien 
longtemps. 

C'était en 1744. Les fabricans de toiles 



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78 FÉGAMP 

venaient , * chaque samedi , traiter , dès 
le point du jour, avec les filandières qui 
apportaient du- fil au marché. Il se faisait 
alors dans le pays un grand commerce de 
toiles : on ne tisse presque plus aujour- 
d'hui ; et les magnifiques damassés de M. 
LethuiUier soutiennent seuls l'ancienne 
réputation des tissus de lin du Pays de 
Caux. 

Les fabricans et marchands de fil étaient 
de giîos gaillards, au teint fleuri , dont la 
ceinture crevait de pistoles. Néanmoins, 
ils se disaient pauvres, montaient un bidet 
de chétive apparence, et logeaient chiche- 
ment , pour deux sols la nuit, chez mon 
bisaïeul , à Tauberge où pendait Tinclyte 
enseigne de la Fleur-de-Lys. 

C'est que l'hôte savait allier , dans une 
juste proportion, à nos crus secs, les cidres 
embarqués sur la Dives , et en faisait un 
breuvage fort bon et délicieux , que bu- 
vaient volontiers les marchands de fil, 
grands connaisseurs en cidre du pays. 

S'étant pourléchés de ce bon piot , ils 
aimaient fort à jouer un écu marqué à 

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FÉCAMR 79 

trois beaux dés ; mais en cachotiers : et 
ils allaient se nicher dans la carrière on 
nul ne les voyait. 

Des jeunes gens , bien avantagés en 
souplesse^ bien délibérés, de grand plai- 
sir et de bon appétit — desquels les vieil- 
lards disent encore maint tour joyeux — 
s'étant bizarrement accoutrés, se cachèrent 
au fond de la caverne. 

Les enjeux étalés, ils s'élancèrent, jetant 
de grands cris , traînant des chaînes et 
brûlant des artifices. 

Sur quoi les marchands, en grand effrai, 
s'enfuirent , laissant l'argent qui fut em- 
ployé en notables libations, au cabaret du 
Da uphin-Couronné . 

Et il fut dit en commun proverbe d'un 
homme se laissant duper, qu'il revenait du 
Trou-à-la-Monnaie : chose très -fâcheuse , 
car le Trou-à-la-Monnaie est bien loin de 
là , en face de la ferme des Prés , au 
coupeau de la montée^ et les écrivains s'y 
tromperont. 

La digue de galet qui défend l'avant- 

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80 FÉCAMP. 

port des envahissemens de la mer, fournit 
à foison le désastreux pavage qui revêt 
encore un grand nombre de rues. 

C'est là que les ménagères viennent sé- 
cher leur linge au soleil. — Et vous ne savez 
pas — gens de haut pays — le nombre 
infini de mètres carrés que peut recouvrir 
une coffrée cauchoise. 

On remarque, le long des corderies, les 
débris d'une de ces murailles qui existaient 
à l'entrée de toutes les vallées s'ouvrant sur 
la Manche. 

Les savans ne savent trop à quelle 
époque rapporter la construction de ces 
barrages. L'un dit , tout matogrobolisé, 
qu'en de si hautes matières, l'antiquaire doit 
« reposer sa tête sur l'oreiller du doute. » 
C'est aussi l'avis de Sancho Pança. 

Les bains de Fécamp, longtemps négli- 
gés , commencent à être en vogue, et ils 
seront visités bientôt par un grand nombre 
d'hôtes fidèles. C'est justice, en véritd, car 
ils sont situés sur une belle plage de 

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FÉCAMP 81 

t'aîUoiix roulés, sur laquelle l'eau acquiert 
la transparence que l'on apprécie si fort à 
Ëtretat , où le fond est de même nature. 
Là, point de ces roches qui forcent, dans 
certains pays , les baigneurs à attendre 
le retour de la marée ; ils peuvent à 
[• toute heure se plonger dans l'eau. 

Le Casino est placé tout près des falaises. 
Il se compose de vastes pièces reliées en- 
Ir'elles par une longue galerie couverte, 
d'où l'œil embrasse un immense horizon ; 
d'un local affecté aux bains chauds, etc. 

On y trouve tout ce qui peut faire 
paraître le temps moins long — ou plus 
long — aux désœuvrés : journaux, billard, 
pianos. 

Un mât de navire s'élève sur la pelouse, 
avec ses cordages , ses haubans, où des 
enfans grimpent à l'envi tandis que d'autres 
s'élancent sur une grande balançoire , ou 
se hissent aux nœuds d'un appareil de 
gymnastique. 

On doit transformer en un parterre les 
abords du Casino ; frayer des sentiers sur 
les pentes des remparts et de la côte, et 



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8-2 FÉCAMP. 

placer, <;à et là, des bancs en face de la 
mer. * 

Le propriétaire des bains a fait cons- 
truire un î>;enlil chalet, orné de bois décou- 
pés , qui ne pèche que par un côté : il 
contient trop peu d'apparleniens au gré 
des amateurs. 11 est facile de remédier à 
cela en lui donnant des compagnons. 

Le nom des Bains Morillon est fort connu 
et jouit d'une certaine célébrité. Ce modeste 
établissement , si lue auprès de ce qu'où 
appelle encore la Porte-dii-Pcrrey j, appar- 
tient à un brave homme , ouvrier dans 
rhiver, baigneur dans Tété , qui a acquis 
la réputation, bien méritée, d'un excellent 
guide. 

On comptait à Fécamp, avant la révolu- 
tion, dix paroisses, dont les églises ont été 
détruites à l'exception de celle qui est 
placée sous l'invocation de saint Etienne. 
Cet édifice commencé au xvi® siècle , n'a 
pas été terminé, ou bien a été reconstruit 
à la hâte , après un incendie qui s'est dé- 
claré pendant que le canon tonnait au haut 

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. FÉCAMP 8:j 

de la tour , pour célébrer le passage de 
Charles ix. — On peut choisir entre ces 
deux \ersions. 

Il n'offre de remarquable que quelques 
piliers; un élégant bénitier; une Flagellation, 
de Lemettay, peintre du roi, né sur cette 
paroisse en 1726, et mort à Paris en 1760; 
un joli portail , sur la porte duquel le 
premier des martyrs est journellement la- 
pidé. On a flanqué contre le chœur, en 
1852, une plaisante sacristie coiffée de 
clochetons plaisamment sculptés. 

L'éghse abbatiale est devenue paroisse. 
C'est un monument sévère, dont les mu- 
railles nues sont soutenues par des contre- 
forts peu saillans. Certaines parties du 
côté droit , et la chapelle de la Vierge, 
d'une date plus récente , ont seules 
reçu quelques ornementations extérieures. 
L'aspect général en est imposant ; mais 
il ne faut pas regarder le grand por- 
tail , qui témoigne du mauvais goût du 
siècle dernier , et qui porte la devise 
païenne D. 0, M, 

La nef est fort belle et offre des lignes 

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81 FÉCAMP 

architecturales d'un effet grandiose. Les 
piliers, coiffés de chapiteaux romans, per- 
dent leur lourdeur, grâce à Tagencement 
heureux de grêles colonneltes s'élançant 
jusqu'au second étage de galeries. Une 
immense lanterne, assise sur quatre piliers, 
soutient tout le poids du clocher et inonde 
le chœur de lumière. Le tout est recouvert 
d'un sale badigeon dont le blanc douteux 
fatigue l'œil. Les bas-côfés ont un étage 
supérieur: disposition qui se remarque dans 
plusieurs églises de la période normande, 
et qui éclairait d'une façon mystérieuse ces 
vastes édifices. 

Je vais énumérer, sans ordre ni logique, 
tout ce qui m'a paru remarquable dans ce 
vaste vaisseau, en m'abstenant des minuties 
archéologiques, dont on fait un si étonnant 
abus par le temps qui court ; en m'abste- 
nant surtout de copier, comme tant d'au- 
tres , le Thrésor de l'Abbaye de Fécamp^ 
manuscrit très -peu rare, rédigé par un 
minutieux sacristain , à la fin du xvii« 
siècle. 

La chapelle de ' droite du transept ren- 

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FÉCAMP 85 

terme une représentation, de grandeur na- 
turelle, du trépassement de la Vierge. Le 
moine qui a taillé ce groupe de pierre, 
Robert Chardon, a choisi le moment où- — 
comme il est dit es chroniques de Jacques- 
de-Voragines — les apôtres^ venus sur des 
nuées, entourent le lit sur lequel celle que 
« toutes les générations diront bienheu- 
reuse, » vient de rendre son âme à Dieu. 
L'artiste a sculpté, sur le mur de fond, une 
traduction mystique des litanies. La fidéhté 
des costumes est peu observée, et la Vierge 
est vêtue comme .si elle était morte dans 
les premières années du xvi® siècle. Un bon 
barbouillage à l'huile a recouvert les teintes 
harmonieuses qui animaient la pierre, et 
un beau fond d'azur sur lequel scintillaient 
des étoiles d'or. 

A côté s'élève un haut tabernacle, donné 
par Gilles Duremont (l'un des juges qui 
firent brûler la Pucelle comme mécréante 
et magicienne) . Il recouvre le Pas-de-VAnge;. 
c'est-à-dire l'empreinte que , selon une 
légende, une ange a laissé sur une pierre, 
le jour de la dédicace de l'église. 

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86 FÉGAMP. 

Une seconde chapelle, où sont placés les 
fonts baptismaux, a été ajoutée à ce côté 
du transept. Richard i®"^ avait voulu être 
inhumé sous les gouttières du temple : 
la volonté du pieux duc fut sui\ie ; 
mais les moines étendirent bientôt TégUse, 
jusque sur les restes de celui auquel ils 
devaient des dotations immenses. 

Deux statues voilées rappellent les mu- 
tilations volontaires de religieuses qui se 
coupèrent le nez , espérant ainsi échapper 
aux outrages des soldats d'Hasting, et que 
ce chef féroce fit massacrer, au rapport des 
chroniqueurs. 

Les chapelles du pourtour sont fermées 
par d'élégantes balustrades, dont les orne- 
mens sont d'une rare élégance et d'une 
grande finesse. M. Grégoire, architecte du 
département, a fait débarrasser ces ouvra- 
ges délicats de la couche de craie qui les 
empâtait. Les sujets placés sur les portes 
sont parfois étranges : ce sont tantôt des 
enfans , tenant sur un plat la tête du 
précurseur ; tantôt de petits amours fort 
étonnés de se-trouver en pareil heu , et 

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FÉCAMP 87 

s'appuyant gravement sur un carquois, 
leur unique vêtement. 

On remarque, dans le bas-côté droit, plu- 
sieurs tombeaux dont les sculptures ont été 
mutilées. 

La chapelle de la Vierge a gardé quelques 
verrières assez éclatantes. Elle est revêtue, 
jusqu'à la hauteur des croisées, d'une boise- 
rie qui entourait autrefois le chœur. On vante 
beaucoup un Christ voilé , le morceau le 
moins remarquable peut-être de ces pan- 
neauxdechêne, fouillés par une main habile. 

La merveilleuse relique du Précieux- 
Sang est conservée dans un élégant taber- 
nacle en marbre blanc, encastré derrière 
le rond-point du chœur , et exécuté, au 
XVI® siècle, par un artiste italien. 

A gauche , des pleins-ccintres et deux 
chapelles romanes rappellent l'ancienne 
église : ils furent, selon l'usage du temps, 
conservés lorsqu'on réédifia le temple pour 
lui donner un développement plus considé- 
rable. On a placé dans l'une de ces chapelles, 
sur la porte du chartrier, devenu le vestiaire 
des chantres, dos pierres fmement décou- 

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88 FÉCAMP 

pées. C'est, avec quelques statues, groupées 
dans le côté gauche du transept, ou placées 
sur divers autels, tout ce qui reste d'un jubé, 
que le premier curé de Fécamp, après le 
rétablissement du culte , fit démolir avec 
un empressement extrême : il avait même 
ordonné aux maçons d'en briser les sculp- 
tures. Cependant , l'un d'eux conserva 
quelques morceaux qu'il plaça sur la façade 
de sa maison (*). 

Le jubé était l'œuvre de l'auteur du 
groupe du trépas de la Vierge : on retrou- 
vait partout , dans les ornemens , les ini- 
tiales gothiques R. C. et un chardon em- 
blématique. 11 était placé en travers de la 
nef et séparait l'église des moines de la par- 
tie réservée au public. 

Le chœur est splendide ; il est entouré 
de stalles en chêne et il est pavé en marbre. 
Un baldaquin, en bois doré, et des pilastres 
de ce marbre rouge dont on a été si pro- 
digue pendant le dénier siècle , font la 
jubilation des indigènes. 

L'horloge, que l'on voit dans la chapelle 
(') Maison Morillon, rue Seigneur. 

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FÉGAMP. S^ 

gauche du transept, est datée de 1667. Elle 
indique Theure , les phases de la lune , l'heure 
des marées, etc. Cette machine, qui nous pa- 
raît assez grossière, devait être fort prisée à 
Tépoque où elle fit résonner, pour la pre- 
mière fois, le réveil qui appelait les moines 
à matines. 

La musique de Tabbaye de Fécamp était 
célèbre. Elle n'a pas fait école ; car les échos 
de la vallée ne répètent plus que les notes 
aigres du cornet à piston. 

La paroisse est fort orgueilleuse de ses 
cloches qui, pour un rien se mettent en 
branle. Fécamp est certainement l'île la 
plus sonnante qui existe, en terre ferme, 
depuis le Havre jusqu'à Dieppe. Si frère 
Jean des Entomnieures — qui disait ses 
heures « à l'usage de Fécan, à trois pseaul- 
« mes et trois leçons, ou rien du tout qui 
« ne veut, » — revenait au monde, il trou- 
verait Toifice bien Ions. 



'n* 



Les bâtimens claustraux occupaient une 
vaste étendue de terrein : ils formaient un 
carré long, dont le milieu était occupe 

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90 FÉCAMP 

par le réfectoire et la bibliothèque. Vendus 
comme biens nationaux , ils ont été en 
partie renversés , et l'on n'avait conservé 
que deux lignes de bâlimens , dont l'acte 
de vente interdisait la destruction. La 
commune a acheté ces restes d'une superbe 
habitation , et les a fait restaurer. Ils 
contiennent, aujourd'hui, les bureaux de 
la mairie ; les bureaux du télégraphe ; la 
justice-de-paix; une école de garçons, et 
une salle d'asyle. Deux appartemens sont 
consacrés à une bibhothèqiie assez bien 
composée et riche en collections curieuses, 
dont les habitans n'ont usé encore qu'avec 
une extrême discrétion ; à la façon de ces 
buveurs d'eau qui, ayant une bonne cave, 
se plaisent à lire les étiquettes de chaque 
case sans jamais y faire brèche. 

Les deux ailes restées debout, et long- 
temps occupées par des industriels, avaient 
renfermé tour-à-tour, une filature de coton, 
une école d'enseignement mutuel; un ate- 
lier de menuiserie ; une imprimerie ; une 
scierie mécanique , et étaient en fort 
mauvais état. 0n les a reliées par une 

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FÈCAMP 1)1 

construction mesquine, d'un goût assez 
douteux , occupant les deux côtés d'une 
porte qui a dû être copiée sur une feuille 
d'architecture à l'usage des écoles pri- 
maires. Les bureaux de la mairie, la salle 
de réception sont vastes et bien disposés : 
ils donnent sur un beau couloir , inter- 
rompu , d'une façon malheureuse, par un 
mur de refend , et débouchant sur un 
passage, dont la largeur avait été détermi- 
née avant l'ère de la crinohne. 

Pour être franc , il faut dire, qu'à part 
cette mesquinerie de conception , dont les 
petites villes ont peine à se défaire, on n'en 
a pas moins doté Fécamp d'un hôtel-de- 
ville que lui envient bien des cités popu- 
leuses. L'édifice municipal sera entouré par 
une vaste place , sur laquelle on doit faire 
une sorte de jardin public, qui offrira un 
heu de promenade très-agréable. 

Le gaz n'a pas encore jeté ses flots de 
lumière dans les salles de la mairie : il s'est 
arrêté discrètement à la porte d'entrée, et se 
contente de briller au haut de quatre grands 
candélabres, 

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9:2 FÉCAMP 

Le marché est un incommode et dégoû- 
tant amas de bicoques , qui ferait honte à 
toute ville moins accoquinée à ses vieilles 
habitudes. Il est entouré de hautes mu- 
railles : disposition rationnelle au temps où 
les moines enserraient vendeurs et ache- 
teurs, dans cet enclos, percevant plus faci- 
lement les droits et s^opposant , dans ce 
but, à ce que la circulation s'établit par la 
ville. 

Fécamp n'a pas de théâtre ; — à moins 
que l'on ne veuille donner ce nom à un 
magasin converti, tant bien que mal, en 
salle de spectacle. La foule s'entasse pour- 
tant sur les bancs peu rembourrés, quand, 
de fortune, une petit*e troupe prend là ses 
quartiers d'hiver. * 

La fondation de l'hospice remonte au 
XI® siècle. Il fut longtemps abandonné à des' 
titulaires, qui employaient à leur profit le 
plus clair des revenus. 

Il est desservi, depuis 1723, par des 
religieuses bénédictines. 

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FÉCAMP 93 

Les bâtimens actuels, dont la construc- 
tion est toute récente , sont dus à k libé- 
ralité de mademoiselle de Giver\il!e. Ils 
sont vastes et bien combinés pour les divers 
besoins du service. Mais — et c'est un 
terrible mot que ce mais — ils sont assis 
sur un terrein qui cache à peine la nappe 
d'eau alimentant les puits ; il n'y a pas de 
cave sous les salles inférieures ; les notions 
fournies par la science sur le cube d'air 
nécessaire aux malades , sur le meilleur 
mode de ventilation , n'ont pas été ob- 
servées. 

Que l'architecture en soit belte ou non, 
peu m'importe. Je tiens qu'en matière de 
bâtimens affectés à une destination chari- 
table, on ne devrait jamais s'occuper d'or- 
nementation. Les matériaux du pays, les 
lignes, la disposition des baies ; en voilà 
assez pour constituer un ensemble imposant 
qui plaise aux plus difficiles. 

Comme Paris et Rome-, Fécamp a ses 

catacombes, — sans ossemens, il est vrai. 

A force de creuser le sol pour en extraire 

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yi FÉGAMP . 

une pierre verdâtre et compacte, ou Tavait 
rainé si bien, que la \ille était sur le point 
de rejoindre son berceau. 

Les eaux de l'inondation de 1824 (qui 
faillirent faire prendre un désagréable bain 
à la plus grande baigneuse des. temps mo- 
dernes, Madame la duchesse de Berry), et 
celles qui envahirent les rues en 1842, se 
frayèrent un passage dans les carrières — 
emportant avec elles maintes bouteilles 
de \in vieux, et même une maison. 

Or, en 1842, la panique fut grande : 
chacun s'attendait à voir crever, comme 
une planche pourrie, la croûte friable qui 
supportait les pavés. D'autant qu'on racon- 
tait, en grand effroi , comment, quarante 
ans en eà^ deux maisons avaient disparu 
un beau ou plutôt un sot matin. 

Les paysans se demandaient si il était 
prudent d'apporter du beurre au marché ; 
et, pendant quelque temps , Fécamp fut 
une ville bien calomniée. 

Que le voyageur se rassure , l'heure de 
la réparation..... 

Bref , les maçons ont si bien fait ; 

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FÉCAMP 95 

Ils ont entassé tant de moellons ; 

Ils ont employé tant de chaux hydrau- 
lique ; 

Que l'on peut poser le pied ( la partie 
étant prise pour le tout) sur les très-rares 
trottoirs, avec autant de confiance que si ils 
étaient soutenus : 

Par des arcs aigus, entrecroisés de \ives 
arêtes ; 

Par des arcs en plein-ceintre ; 

Par des arcs surbaissés. 

Ou par une voûte en cul-de-four^ 



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ARBRES ET FLEURS. 



Un ne peut pas rester un jour à Fécamp 
sans visiter le magnifique jardin que M. 
JLouvel a planté sur un terrein d'alluvion et 
sur la pente d'un coteau calcaire, où Therbe 
poussait à peine. 

L'habile horticulteur n'a pas oublié qu'il 
(levait faire de son établissement un vaste 
magasin, d'où il pourrait tirer les végétaux 
les plus variés, pour les répartir dans les 
jardins et les parcs, qu'il sait tracer avec 
une habileté parfaite ; tirant parti du 
moindre coin ; profitant de tous les accidens 

7 

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î)8 ARBRES 

de terrein ; ménageant des vues sur les 

cotes et les bois. 

Le sapin de Normandie, le mélèze — dont 
les branches menues semblent ornées d'un 
effilé de soie verte, — Tif, croissent frater- 
nellement auprès des conifères arrachés du 
sol cahfornien ; les rhododendrons, les aza- 
lées , les kalmias , fleurissent à côté du 
houx et de l'arbousier ; la riche famille des 
lauriers prête son abri à la digitale de nos 
bois en même temps qu'elle ombrage des 
végétaux cueillis sur le versant des Andes et 
(le l'Himalaya; le tulipier, le magnolia, croi- 
sent leurs branches avec les rameaux du 
sorbier des oiseleurs et du cytise des Alpes. 
C'est, enfin, la plus riche collection d'arbres, 
d'arbustes et de plantes d'ornement que l'on 
puisse voir. 

Les fleurs de parterre ne sont pas négli- 
gées. Les rosiers — depuis l'églantine jus- 
qu'aux roses monstrueuses dont on renonce 
à compter les pétales, — les géraniums, les 
verveines , la pensée — celte humble fleu- 
rette devenue l'orgueil des corbeilles, — les 
pétunia, les chrysanthèmes, les giroflées, 



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ET FLEURS 99 

charment la vue par leurs couleurs splen- 
dides , frappent Todorat par leurs suaves 
parfunas. 

Il fait bon se reposer sous les grands 
pommiers qui croissent dans la partie la 
plus aride de la côte : leurs longs bras , 
pliant jusqu'à terre sous le poids des fruits, 
forment une voûte de verdure que les 
rayons du soleil ne peuvent pénétrer. 

Un caprice heureux du jardinier artiste 
a créé là une Normandie pleine d'ombre et 
de fraîcheur. Il y manque bien encore une 
cabane et quelques bancs ; mais il fait si 
bon, par une journée brûlante , s'étendre 
sur rherbe. 

Ce jardin , c'est le parc de ceux qui 
n'ont pas grand comme la main de terre ; 
le parterre de ceux qui ne possèdent 
qu'une cour pavée de silex : à ce titre, 
j'en ai fait ma promenade favorite, et je 
lui devais bien une réclame dictée par la 
reconnaissance. 

Du reste, de la sincérité de mes éloges, 
j'ai pour garans la Société centrale 
d'Horticulture et l'Association normande, 

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100 ARBRES ET FLEURS 

qui ont prodigué à M. Louvel des médailles 
pour ses pépinières ; le tracé des jardins ; 
la multiplication de nouvelles plantes ; la 
culture des conifères de pleine-terre (l®** 
prix), et la culture des végétaux à feuilles 
persistantes (1^'prix). 



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LES ENVIRONS DE FECAMP. 



LE CANADA — GANZEVILLE — COLLEVILLE — VALMOM 



Une sorte de promontoire qui s'allonge 
entre la route de Rouen et le chemin de 
Ganzeville , porte le nom de Canada : 
Sur le plateau , le houx de terre étale ses 
fruits écarlates , attachés à Taisselle des 
feuilles ; ou bien les fleurettes percent 
rherbe, au milieu des ajoncs. 

11 y a eu là un camp romain ; un camp 
établi conformément aux lois indiquées par 
Végèce — dans un livre que personne n'a 
jamais lu. Sans nul doute César a foulé 
cette terre trois fois sacrée ; car le plus 

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iùî LES ENVIRONS 

intrépide grabeleur de mots ne pourrait 
pas prouver, le de bello gallico à la main^ 
que rillustre conquérant n'a pas visité cette 
partie des Gaules. 

C'était peut-être un camp gaulois défen- 
dant un village de huttes coniformes; — le 
pendant de la cité de Limes^ que Ton ne 
voit pas auprès de Dieppe. 

Ou un camp normand — castra danoruniy 
au dire des scribes : ce qui se traduit tout 
naturellement par Canada. 

Ou un camp du temps de la ligue, disposé 
à la hâte et qu'on n'a pas orné de pointes 
aiguës : d'autant que la rue de la Barricade 
et la rue du Fossé-au-Roi , débouchaient 
\ers ce point. 

Une coquette vallée, au sein de laquelle 
une rivière décrit de gracieux méandres, 
présente une belle promenade jusqu'au 
village de Ganzeville. A l'arrivée, la vue se 
repose sur un petit moulin caché sous des 
pommiers : la roue moussue jette — comme 
un chapelet de perles — l'eau qui blanchit 
entre les vannes étroites. Le château , 

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DE FÉCAMP 10:{ 

reconstruit au xvii® siècle, a été longtemps 
habité par les descendans d'un compagnon 
(les anciens ducs , qui avait pris pour 
devise toti sanguini tincti. 11 ne reste des 
ancieiines constructions que les hautes 
murailles d'une tour. 

Le cours d'eau dont nous longeons les 
bords , prenait sa source à Daubeuf ; il 
apparaît, à présent, à une lieue de là, sur 
le territoire du Bec-de-Mortagne : il jaillit 
des fondations de TégUse , joh monument 
campagnard , restauré — hsez défiguré — ^ 
par les soins du curé de la paroisse. 

Les habitans de Daubeuf ayant, dit-on, 
refusé de Teau à leurs voisins de la plaine. 
Dieu les punit de leur égoïsme, en les 
privant du liquide dont ils s'étaient montré 
si avares. 

D'autres racontent qu'un prêtre distrait, 
pendant l'office, par le tic-tac assourdissant 
d'un moulin , supprima le moteur pour 
se débarrasser de l'usine. La mesure était 
efficace ; car on ne connaissait pas la puis- 
sance de la force élastique de la vapeur 

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i04 LES ENVIRONS 

d'eau , et les croisés n'avaient pas encore 
pris chez les levantins, la lèpre, les blattes 
et les moulins à vent. 

Un vallon , débouchant sur la vallée 
du Bec-de-Mortagne , renferme les carriè- 
res calcaires de Pélreval , où Ton trouve 
un grand nombre de mollusques fossiles. 

Une eau ferrugineuse , connue sous le 
nom de source de Mesmoulins , coule sur 
le territoire de Tourville. 

F^a vallée de Valmont se dirige vers Test, 
tandis que celle de Ganzeville est ouverte 
du sud au nord ; elle est large, peuplée, 
pleine de jolis sites et de légendes. 

D'un côté un sentier ombreux , tracé 
entre un vivier — plein d'une eau Hmpide, 
babillant sur de blancs cailloux , parmi 
des plantes aquatiques — et un bois touffu , 
aboutit à la ferme de l'Epinay, qui appar- 
tenait à l'abbaye. C'était le lieu qu'affec- 
tionnaient les bénédictins ; ils allaient 
volontiers y prendre — pour employer le 
style monastique — leur récréation. Les 

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DEFÉCAMP i05 

menait pour lors un bonhomme de cocher; 
mais si gros qu'il dormait toujours sur son 
siège ; laissant tomber son fouet et donnant 
un sou marqué au premier petit garçon 
venu , pour qu'il le ramassât , faute de 
pouvoir descendre ainsi à tout bout de 
champ. 

Sur la rive droite , une route départe- 
mentale, de bruyantes usines et le tapage 
des huileries. 

Si l'on en croit les traditions locales, 
une ville puissante existait à Colleville, 
dans le vallon d'Orival. C'était, chose 
étrange, un port de mer dont les vaisseaux 
gagnaient la Manche par une passe qui 
n'existe plus. 

Le diable gardait , disait-on , les trésors 
de la \ille détruite, dans une caverne fer- 
mée par une grille de fer. Qui, par convoi- 
tise , se hasardait à pousser la porte , la 
sentait céder ; mais elle se refermait pour 
toujours sur lui. Un jour, les paroissiens 
voulurent en avoir le cœur net — aiiri 
sacra famés (ce Virgile jurait comme un 

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106 LES ENVIRONS 

païen) — ; ils se rendirent donc en pro- 
cession sur le lieu niaudit. Le curé, se dé~ 
Aouant pour ses ouailles, s'avança brave- 
ment ; mais il faillit être victime de son 
zèle. La porte se refermait déjà, quand le 
sacristain glissant subtilement le bâton 
de la bannière entre la paroi et l'huis 
entrebaillé , garda ainsi son pasteur de 
malencontre. Ce merveilleux bâton a été 
brûlé par malheur ; il était fait comme 
celui de la croix de l'abbaye de Sevillé : 
« de cœur de cormier, long comme une 
lance, rond à plein poing et quelque peu 
semé de fleurs de lys presqu'effacées. » 

Plus loin, autre histoire. — Sur pn pla- 
teau, à mi-hauteur de la colline, vivait jadis 
un licrmite : frisque et galant, la meunière 
le voyait d'un bon œil ; chasseur enragé, il 
mitraillait le gibier seigneurial , à l'aide 
d'une vieille arquebuse. 

Ceci ne se passait pas sous la domination 
romaine. Marion Delorme venait tout juste 
de faire cager un certain Salomon-de-Caux, 
l'inventeur de la pitoyable machine à feu 
que vous savez. 

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DE FÉCAMP 107 

Dolîc , le bonhomme de châtelain imita 
rhermite à un festin ; lui reprocha le tort 
qu'il lui faisait en tuant son gibier par 
maraude, et s'engagea, si ledit hermite ne 
chassait plus , à lui envoyer de notables 
pièces ; puis , en pur don , lui offrit un 
lièvre pesant neuf hvres pour le moins. 

Le bon frocart se plaignit des capharts 
et calomniateurs , prolestant de son inno- 
cence en matière de chasse, et termina en 
priant le sire de venir prendre sa part d'un 
modeste dîner qui serait servi sur la petite 
table de la cellule. 

Or, ce merveilleux festin se composait 
du Hèvre , bouilli, il est vrai ; mais non 
dépouillé. 

Le moyen de croire qu'un aussi mau- 
vais cuisinier put prendre plaisir à lu 
chasse ; — car il n'est, comme on dit, cui- 
sine que de chasseur. 

Et l'arquebuse fit son jeu. 

L'hermite disparut, un beau matin, sans 
qu'on sut jamais où il était passé. 

Aucuns disent que son froc cachait un 
noble seigneur, menacé d'une vengeance 

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408 LES ENVIRONS 

royale. De quoi Ton a fuit une eEianson 

que les Mes disent, en formant des rondes 

au soleil couchant ; tandis que les matrones, 

herbées sous la saùlaye, devisent du temps 

passé. 

Le vieil donjon des d'Estouteville sem- 
ble encore menacer le bourg, de Valmont, 
gentil pays caché au fond de la vallée , 
comme en un nid de verdure. Le château, 
qui avait été reconstruit en partie au x^i® 
siècle , est placé sur un vaste plateau , 
et le vieux donjon , antérieur peut-être 
au xiii® siècle , domine toute la vallée. 
Cette belle habitation est entourée d'arbres 
séculaires. Non loin de là, on trouve le 
Vivier j, plein d'une eau claire où les 
truites passent avec la rapidité d'une flè- 
che , et sur laquelle se joue une bande 
de cygnes. 

Comme dans toute vallée plantureuse, il 
y avait une abbaye à Valmont. 

De l'église, il ne reste plus que les bas- 
côtés et une charmante chapelle, dédiée à 
la Vierge , renfermant les tombeaux des 

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DE FÉCAMP 109 

d'Estouteville. Cette chapelle, fort remar- 
quable, offre aux curieux de jolies yerrières, 
représentant la Visitation, la Naissance de 
Jésus, r Adoration des bergers, la Mort de 
la Vierge, etc. 

Le retable , attribué à Germain Pilon, 
reproduit , d'une façon singulière , Tinté- 
rieur de Tappartement de la Vierge : le 
bois flambant sur les landiers , les outils 
épars, la laine ouvrée par les doigts bénis, 
le lit, rien ne manque à ce naïf intérieur. 

J'ai vu sur Tautel un livre, tout chaffourré 
de traits illisibles, qui m'a paru le grimoire 
ou, tout au moins, YEnchiridion, 

L'abbaye de Valmont appartient à M. 
Bornot : il habite le cloître, dont les fe- 
nêtres s'ouvrent sur un délicieux jardin. 

Messire Nicolas d'Estouteville , fit cons- 
truire la première église , c'était un 
homme dur et farouche ; grondant sans 
cesse et ne donnant aux ouvriers que du 
pain et de l'eau. 

Les manans auraient succombé à la 
peine, si la fille du châtelain — colombe 
égarée dans un nid de vautours — ne leur 

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ilO LES ENVIRONS 

eut apporté souvent des alimens et du \in. 
Suivant un sentier ombreux, elle allait un 
jour accomplir cette œuvre pie, lorsqu'elle 
se trouva face-à-face avec son père. 

— Que portes-tu là? lui dit-il. 

— De Teau et des roses , répondit-elle 
en rougissant. 

Et comme le soupçonneux vieillard tirait 
le pan de robe, que, d'un geste gracieux, 
elle relevait sur son sein, des roses odo- 
rantes tombèrent à terre ; et le vase au long 
col qu'elle tenait à la main laissa couler 
une eau limpide. 

Dieu n'avait pas permis qu'un mensonge 
souillât ces lèvres pures. 

Non loin de Valmont , est un châ- 
teau qui mérite une mention particulière. 
C'est à Fiquainville que Cuvier recueillit 
ses premières observations sur l'histoire 
naturelle, alors qu'il était précepteur des 
enfans d'Hericy. 

Le chemin de fer, qui rapproche les 
distances, permet aux baigneurs de faire 

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DEFÉCAMP m 

en un jour d^assez longues excursions et 
de visiter quelques endroits présentant 
des objets remarquables. 

C'est d'abord, près de l'embarcadère de& 
Ifs, un petit château, jolie construction du 
xYii® siècle, qui a donné son nom à la sta- 
tion. Mais comme la distance n'est pas 
grande , je conseille aux promeneurs de 
faire une partie ce petit voyage à pied, en 
suivant un sentier verdoyant qui serpente 
dans le charmant vallon des Petits-Ifs. 

Puis, non loin de la station de Beuzeville, 
rif phénoménal des Trois-Pierres , dans le 
tronc duquel on vient d'établir une cha- 
pelle, à l'imitation de celle qui existe, depuis 
1696, dans le chêne séculaire d'Allouville 
(station d'Alvimare.) 

Ensuite Yvetôt, qui ne se recommande' 
plus que par le précieux souvenir de sa 
royauté, célébrée par Béranger. 

Caudebec, où les voyageurs sont conduits 
par les omnibus du chemin de fer ; char- 
mante petite ville abritée par des coteaux 
verdoyants .et se mirant dans la Seine. 
L'église, ou plutôt la chapelle de Caudebec,. 

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1 1^2 LES ENVIRONS DE FÉCAMP 

est une admirable construction du xv® siècle, 
bâtie par Guillaume Letellier. Le maître 
maçon, qui gît sous une dalle , a orné ce 
monument des plus élégantes et des plus 
délicates sculptures. 

Enfin , Lillebonne. — Les voitures qui 
correspondent avec le chemin de fer, suivent 
une belle route au bord de laquelle est situé 
rimmense parc du château du Valasse. — 
Lillebonne est fière de son cirque romain , 
enseveh pendant une longue suite de siècles; 
de 5es ruines normandes bâties avec les 
matériaux préparés par les maîtres du 
jnonde. 

Le château e&i entouré d'un joH jardin en 
terrasse, d'où Ton voit la Seine. 



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DE FÉCAMP A CANY. 



Les Éclielles-de-Senneville n'ont rien qui 
étonne , lorsque Ton a vu les valleuses 
d'Etretat. Cest aussi un sentier tortueux 
taillé dans la falaise, à l'extrémité d'une 
dépression qui se prolonge dans la plaine, 
jusqu'à une assez grande distance et 
n'éprouve pas l'influence des vents du 
large. 

Les pommiers fleurissent, les arbustes 
poussent à quelques pas de la mer ; et cette 
vive végétation contraste avec le tableau 
jçrandiose qui frappe les yeux quand on 

8 

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114 DE FÉCAMP. 

arrive au point où le chemin est brusque- 
ment interrompu. 

Les maisons qui composaient autrefois 
le village de Saint-Pierre , se groupaient 
autour d'une église placée dans un petit 
vallon terminé par un échouage où quel- 
ques bateaux trouvaient leur place. Les 
bateaux ont disparu , les maisons sont tom- 
bées et elles ont été reconstruites au sommet 
de la côte, où Téglise elle-même a été trans- 
portée. 

Sagsetot possède un vaste château , placé 
au milieu d'un grand parc, qui appartient 
à la famille de Martainville. 

Un val resserré , connu sous le nom des 
Dalles^ mène à la mer. Il est bordé de 
maisons habitées par des marins qui for- 
ment une partie des équipages des bateaux 
pêcheurs de Fécamp. 

Partout, du reste, sur ces points élevés 
du littoral, on trouve des familles de pê- 
cheurs, dont des lots de filets constituent 

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A CA«¥ US 

le patrimoine. Les femiâ!e& ftleût et tor- 
dent le chanvre ; lacent les seines et les 
réparent. 

Si , de Saint-Martin-aux-Buneaux , Y on 
veut descendre sur la grève, on suit un 
chemin creux appelle le Val : à son extré- 
mité est une porte formée par d'énormes 
blocs de roches. 

On exploite, à Malleville, du grès depuis 
un grand nombre d'années. Cette pierre , 
dure et froide , s'est prêtée pourtant au 
caprice des artistes, comme le prouve le 
calvaire qui se dresse sur la route. Le 
grès est commun dans toute cette contrée 
et a servi à bâtir les églises. 

Cette excursion , sur un chemin ondu- 
lant selon le caprice des collines , m'a 
rappelé quelques lignes jetées à la troisième 
page d'un journal et emportées par le 
soufiHe qui disperse toutes ces feuilles d'un 
jour. 

Vers le soir d'un de ces beaux jours de 

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H6 DEFÉCAMP 

mars — a\ant-coureurs' du printemps — 
ferrais sous de grands arbres étendant 
sur le chemin leurs rameaux dépouillés. 

Un cimetière entourait — d'un long cordon 
de générations — une modeste église, sur 
laquelle s'arrêtaient les derniers rayons du 
soleil. L'église était déserte, et le silence 
n'était troublé que par des oisillons , 
faisant leurs nids dans les combles : ils 
avançaient leur tâche avec mille cris aigus, 
portant un flocon de laine trouvé sur un 
buisson ; se disputant des brins d'herbe 
jaunie ou des menus rameaux de buis des- 
séché. 

II y avait là un joli monument, coquette- 
ment fouillé, avec une inscription orgueil- 
leusement dorée, retraçant les vertus, les 
regrets éternels ! — toutes ces faussetés de 
convention, dont les collatéraux barbouil- 
lent volontiers la dernière demeure du 
riche, — des fleurs rares brillaient au 
milieu des violettes odorantes. 

Personne n'avait jamais prié devant cette 
pierre, qu'un étranger avait parée, moyen- 
nant salaire, pour la fête des Rameaux. 

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A CANY 147 

A quelques pas, un léger mouvement de 
terrein indiquait seul la place où l'un de 
nos semblables avait été déposé : pas une 
fleur ne s'épanouissait au milieu de l'herbe ; 
pas même cette fleur que — selon la belle 
expression de Souvestré — « la bonté de 
Dieu fait naturellement croître sur les 
tombes : l'oubli. » 

Car auprès de ce tertre , une femme 
\êtue de noir se tenait immobile, abîmée 
dans le passé , sans espoir pour l'avenir ; 
elle déposa sur la terre un rameau de buis 
bénit et s'éloigna comme à regret. 

« Elle pleurait son fils et ne voulait pas 
être consolée. » 

Ce contraste d'indifférence et de pieux 

souvenir m'impressionna vivement ; et je 

n'ai jamais passé devant cette tombe sans 

nom, sans éprouver une émotion doulou- 

•reuse. 



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CANY ET SES ENVIRONS 



Cany eât une toute petite ville propre et 
coquette , bâtie au fond d'une fraîche et 
verdoyante vallée. Elle ne renferme aucun 
monument ; elle n'a presque pas de souve- 
nirs ;: mais on voit partout Teau s'épandre 
en cascades scintillantes et mettre en mou- 
vement , — sous le feuillage des grands 
arbres — les roues des moulins. 

Le marché est vaste ; il attire chaque 
semaine un grand nombre de cultivateurs. 

A Cany et aux environs, on fabrique en- 
core de la toile au métier à bras, surtout des 

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1-20 CANY 

toiles à sacs et à colfer. Il y existe des fila- 
tures de coton ; des tisseries ; des fabriques 
d'huile de colza, etc. 

Les truites abondent dans la Durdent 
et méritent la réputation qu'on leur a faite. 

Le château de Cany est situé à deux 
kilomètres de la ville, au milieu d'une vaste 
prairie convertie en un parc magnifique. 
La rivière enclôt, d'un cercle capricieux, 
les dépendances du château et en défend 
les abords ; elle alimente d'immenses 
étangs, sur lesquels nagent des bandes de 
rygnes. 

Toute la vallée, en remontant vers les 
sources de la Durdent , offre les sites les 
plus gracieux. 

C'est une merveilleuse promenade que la 
route de Cany à Saint-Denis-d'Héricourt ; 
elle borde d'abord le parc du château, 
j)rotégé de ce côté par une belle haie 
d'épine, puis traverse Grainville-la-Teintu- 
rière , où vint mourir le dernier de ces 
vieux normands qui savaient gagner des 
royaumes. ' 

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ET SES ENVIRONS 121 

Le sire de Bethencourt , seigneur de 
Grainville-la-Teinturière, résolut de s'em- 
parer des îles fortunées qui avaient été 
reconnues par les portugais. Il équipa avec 
Gadifer de la Scala, habitant de La Rochelle, 
une flotte qui reçut des aventuriers nor- 
mands et gascons ; débarqua d'abord à 
Lancerote , puis étendit sa domination sur 
plusieurs îles. Le conquérant devint alors 
fondateur et législateur ; il bâtit des forte- 
.resses, des églises, et donna des lois aux 
peuplades qu'il avait soumises. 11 revint, 
dans tout l'éclat de sa gloire, se reposer dans 
son manoir, et donna de grandes fêtes, dont 
maître Leverrier, son compagnon et son 
historien, parle avec un naïf enthousiasme; 
. retourna visiter ses domaines ; puis enfin , 
il fit un dernier voyage à Grainville-la- 
Teinturière où, roi des Canaries, il mourut 
en 1414. 

Une table de marbre noir, placée sur 
un des pilastres du chœur de l'église , 
rappelle le nom et les exploits de ce hardi 
navigateur. 

Grainville possède un hospice renfer- 

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.s morts au 

des sources 
ableauVert- 
e ainsi Vex- 

s, dit-il, C) 
reiix et leur 
e les canaux 
sont complè- 
,lre* pression 
liquide dann 
sont poreux i 
.ce du sol si 
•apport avec 
iscendans ca- 
nappe d'eau , 
ni montrée à 
nous paraît 
à la suite de 
h la pression 
s continues , 
et coule tant 



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i2i CANY 

mant près de cent lits. Cet utile établisse- 
ment, fondé en 1692 par Pierre de Bec-de- 
Lièvre qui y plaça douze lits, s'est enrichi 
de dons nonabreux et peut recevoir beau- 
coup plus de malades que Ton n'en admet 
dans la plupart des maisons hospitalières. 

En face du Hanouard, le joli château 
d' Auffay est placé sur une colline , plantée 
de taillis percés de larges chemins. 

Puis Robertot , Sommesnil , etc., avec 
leurs coteaux recouverts d'une nappe de 
verdure qui rappelle la luxuriante végéta- 
tion des bords de la Toucque. 

Entre Envronville et Roquefort (ce qui 
nous éloigne un peu de notre route), on 
voit , au milieu d'une prairie située entre 
deux collines , une cuve de laquelle une 
source jaillit à des époques irrégulières. 
On redoute l'apparition de ces eaux : elles 
présagent, dit-on, la cherté des subsistan- 
ces et elles ont causé maintes fois des épi- 
démies meurtrières. « Vers la fin du xviii® 
siècle , le hameau Masson perdit ainsi une 
quarantaine de ses habitans ; la frayeur 
était devenue si grande, qu'un jour on ne 

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ET SES ENVIRONS 125 

Ifauva personne pour porter les morts au 
cimetière ( ' ) . 

La théorie de l'intermittence des sources 
périodiques n'étant pas applicable au Vert- 
Buisson, M. Marchand donne ainsi Tex- 
plication de ce phénomène : 

c Dans les terreins crétacés , dit-il , ( ' ) 
« les cours d'eau sont nombreux et leur 
« volume considérable. Lorsque les canaux 
« dans lesquels ils s'écoulent sont complè- 
« tement remplis , la moindre pression 
« suffit pour faire remonter le liquide dan» 
« les terreins supérieurs qui sont poreux 5 
« il remonte même à la surface du sol si 
« les courans se trouvent en rapport avec 
:« des fissures ou des tubes ascendans ca- 
« pables de l'y conduire. La nappe d'eau , 
« que les fouilles de 1835 ont montrée à 
« dix mètres de profondeur , nous paraît 
« être dans ces conditions ; à la suite de 
« pluies prolongées, elle obéit à la pression 
« opérée par des infiltrations continues , 
« s'élève dans la cuve , sourd et coule tant 



(') Eug. Marchand. Des Eaux potables. 
(*) loca cit. 



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124 CANY 

« que les causes de son ascension persis- 
« lent , c'est-à-dire pendant un jour, une 
« semaine , un mois , une année et même 
« plus. Elle constitue alors un véritable 
« puits artésien intermittent. » 

De Cany à la mer la vallée prend plus 
de largeur ; elle perd son aspect riant et 
les arbres s'inclinent sous l'effort des vents 
du large. 

Les moines de Fécanip possédaient toute 
cette partie du territoij'e ; ils avaient un 
hôtel ou plutôt une forteresse à Vittefleur. 
Ils tentèrent au xvi® siècle de créer un port 
à l'embouchure de la Durdent , et l'on dit 
que l'on reconnaît encore la trace des tra- 
vaux gigantesques qui furent accomplis à 
cette époque. Là encore on retrouve la tra- 
dition d'une ville détruite par la mer. 

On pêche à Palluel d'excellentes truites 
remontant la rivière au moment du frai : 
cette espèce atteint de grandes dimen- 
sions et est fort recherchée par les gas - 
tronomes. 

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ET SES ENVIRONS i2Ô 

La petite chapelle de Janville domine le 
paysage. 

On raconte qu'une statue de la Vierge 
trouvée sur la côte , ayant été placée dans 
Téglise de Palluel , retourna d'elle-même 
au lieu d'où elle avait été retirée. En mé- 
moire de quoi on construisit une chapelle 
pour y placer l'image miraculeuse. 

L'église de Veulettes est un \aste et 
antique monument tel que les moines ai- 
maient à en asseoir au moyen-âge dans des 
gorges sauvages. 

Les habitans prétendent descendre en 
droite ligne du célèbre Gargantua , dont 
ils possèdent le tombeau ; notre maître 
François Rabelais se serait donc trompé 
comme un antiquaire , puisqu'il affirme 
que ce tombeau , dont on n'a pu voir le 
bout « parce qu'il entrait trop avant les 
excluses de Vienne » a été trouvé en un 
pré, près l'arceau Gualeati , duquel Jean 
Andeau faisait lever les fossés. 



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SAINT-VALERY 



Une petite rivière , objet d'un culte ido- 
lâtrique, coulait au milieu des bois, lors- 
qu'un moine de Picardie , dont le nom a 
été donné à un grand nombre d'églises , 
vint fonder un établissement religieux dans 
la vallée, étroite et sans profondeur, où se 
sont groupées les maisons de Saint-Valery- 
en-Caux. Comme, malgré les prédications 
du saint homme, les habitans continuaient 
à adorer les bois et les eaux courantes , il 
s'avisa d'un excellent moyen pour suppri- 
mer la partie aquatique de leur culte : il 

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128 SAINT-VALERY 

enfonça un grand nombre de balles de 
laine dans la source de la rivière et la bou- 
cha si bien que depuis onc elle ne coula. 

Ceci me remet en mémoire un conte 
que Ton me faisait quand j'étais petit. 

Un vieux matelot d'Yport avait tant et 
tant voyagé qu'il avait tout vu : A la veillée 
il racontait les tempêtes que son navire 
avait éprouvée^ ; — comment un jour le 
kraken (d'où on a tiré le verbe craquer) 
s'était montré tout-à-coup , élevant ses 
énormes bras au-dessus'de l'océan, et avait 
enlevé un matelot qui serrait le perroquet 
d'un vaisseau, grand comme l'Abbaye de 
Fécamp; — comment les cancrelats avaient 
si bien mangé un navire de la compagnie 
des Indes, qu'à son arrivée à Lorient il n'en 
restait plus qu'un bordage, sur lequel était 
posé le soulier du mousse. 

Mais le plus curieux de tout c'est , 
qu'après bien des fatigues, il était arrivé 
tout près de la source du vent du nord. 

Comment est-elle faite la source du vent 
du nord? demande un bonhomme tout 

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îz; 







HELIOT 

/ I \ " \W1\\^^^ , 1657. 



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SAINT-VALERY 129 

cassé qui avait bien voyagé aussi, mais pas 
si loin. 

— Elle n'est pas plus grande que cela, 
répondit le matelot en rapprochant le 
pouce de rinde:^^ , formant ainsi une 
figure — dite cercle par les géomètres — 
dont le diamètre était de un pouce quatre 
lignes. 

— Pas plus grande que cela, imbécile! 
il fallait y fourrer ton bonnet ; nous serions 
tranquilles maintenant. 

Saint -Valéry compte 4,800 habitans. 
La ville est enserrée dans un tout petit 
vallon où Ton a créé une petite retenue, un 
petit port, de petits chantiers de construc- 
tion. Mais on a bien tiré parti du peu de 
place que laissait la disposition du terrein. 
Le port est entouré de maisons ; les jetées 
étroites s'avancent hardiment dans la mer, 
et de l'extrémité de Testacade nord, la vue 
s'étend sur une longue ligne de falaises, 
d'un bel effet, tandis qu'au sud une saillie 
(le la côte rompt la perspective. La vieilh^ 
écluse de chasse a des proportions monu- 

9 

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130 SAINT-VALERY 

mentales , et la petite porte de flot est 

élégante. 

Des auteurs fort judicieux, qui n'avaient 
sans doute jamais vu le pays , ont affirmé 
que la fameuse flotte de neuf * cents voiles 
— de trois mille voilefe même — dont tous 
les rabroueurs de paperasses parlent sans 
cesse, avait pu trouver place à Saint-Valery- 
en-Caux. 

On veut que le port ait été créé au xyi® 
siècle ; c'est possible, f^es moines de Fé- 
camp le firent réparer en 1652, ce qui ne 
^prouve rien. Toutefois, en 1762, il était en 
si mauvais état, que le capitaine hollandais 
Cornelis, aloi^'s à Fécamp, refusait de con- 
duire son navire à Saint- Valéry, si Ton ho 
s'engageait à le placer de façon qu'il n'é- 
prouvât aucun dommage « par la faute du 
terrein. » 

Saint-Valery arme : pour Terre-Neuve, 
trois navires, jaugeant ensemble 660 ton- 
neaux ; pour la pêche de la morue dans les 
Miers d'Islande , quatre navires , jaugeant 

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SAINT-VALERY 131 

240 tonneaux ; pour le hareng , quatorze 
bateaux, jaugeant 840 tonneaux ; pour le 
maquereau , huit bateaux , jaugeant 480 
tonneaux ; pour le long-cours, deux navires , 
jaugeant 580 tonneaux , et pour le cabo- 
tage, douze navires , jaugeant 240 ton- 
neaux. 

Il y a trente ans en\iron, une barque qui 
portait des huîtres de Cancale à Dieppe, 
échoua et donna naissance à un banc qui , 
dix ans après, avait acquis assez d'impor- 
tance pour attirer l'attention des anglais : 
nos voisins le draguèrent à fond et le dé- 
truisirent en peu de temps. Quelques 
huîtres, échappées aux engins destructeurs, 
se reproduisirent sans que Ton y songeât^ 
et Ton fut tout surpris de découvrir, en 
1866, un nouveau banc, s'étendant sur un 
espace considérable. On arma bien vite, 
pour profiter de cette aubaine ; et Ton 
compte aujourd'hui vingt barques qui re- 
cueillent le mollusque chéri des gour- 
mands. Plusieurs parcs ont été créés dans 
la retenue. 



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432 SAINT-VALERY 

L'huître de Saint- Valéry croît prompte- 
ment ; sa coquille est fine et dure ; son 
goût excellent : il lui manque bien encore 
un peu d'ampleur ; un travail bien dirigé 
la lui fera promptement acquérir. 

L'établisssement des bains est très-fré- 
quenté ; il est placé en amont des chantiers 
de construction : on y trouve un grand 
salon, un salon de lecture et de conversa- 
tion, un restaurant, un estaminet, une 
salle de billard et des jeux divers. 

Le peu d'étendue de la ville a-, peut- 
être, le plus contribué à la faveur que ses 
bains ont obtenue. Rien de plus commode, 
en effet, que de se loger en ville et d'être 
près de la mer ; de trouver de vastes hôtels 
à quelques pas de la plage r Les habitans 
ont bien compris les avantages de cette 
position ; et ils sauront longtemps en tirer 
parti. 

11 ne manque à Saint- Valéry que de l'eau 
potable ; les puits donnent un liquide 
chargé de sels marins et terreux. Cepen- 

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SAINT-VALERY 133 

dant, la pompe placée sur le puits situé au 
bas du passage des pénitens, fournit une 
eau plus salubre. M. Marchand pense que 
Ton pourrait, en remontant jusqu'au niveau 
supérieur des sources, conquérir, à peu de 
frais , une eau abondante et propre à tous 
les usages. 



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ENVIRONS DE SAINT-VALERY 



La vallée de Cany est visitée, pendant 
la belle saison , par tous les baigneurs qui 
résident à Saint-Valery. 

Une vieille famille lorraine s'est installée 
à Gueutteville-ès-Plains, et depuis plus de 
cent cinquante ans, ses membres sont fon- 
deurs de cloches, de père en fils. Leur ate- 
lier est d'une simplicité extrême. Il consiste 
tout uniment, dit Tabbé Cochet (*), « en uu 
« hangar fait avec des planches négligem- 

(') Eglises de rarrondissemenl d'Yvetol. 

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i:m ENVIRONS 

« ment jetées les unes sur les autres, sans 
« être même attachées avec des clous ; 
" le fourneau est grossièrement maronné 
« avec de Targile. La chaudière où se fond 
« le métal est une construction en briques 
'« des plus simples. C'est avec Targile de 
« leur jardin qu'ils font les moules. » 

Le salon de verdure de Pleine-Sève, 
attire les promeneurs, qui se plaisent aussi 
à visiter Blosseville , dont l'église possède 
. encore ces verrières, qui faisaient l'orgueil 
de nos grands-pères; œuvres fragiles, pres- 
que partout réduites en fragments par le 
vent des siècles. Le château d'Anglesque- 
ville ; et à Manneville-ès-plains, la Villa- 
Crociaiay propriété de M. Ouin-Lacroix , 
secrétaire de la grande-aumônerie , sont 
également très-fréquentés. 

Le joli petit bourg de Veules est situé 
dans une toute petite gorge, qui a son ruis- 
seau bien à elle, car il prend sa source et 
se jette à la mer sur le territoire même 
de la commune qu'il arrose. Ce cours d'eau 
fait mouvoir plusieurs usines , et on a si 
bien utilisé la moindre chute, qu'un mou- 

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DE SAINT-VALERY 137 

lin est placé sur la plage ; la roue tourne 
sous l'action du courant pendant le reflux, 
et obéit en sens contraire à l'action de la 
mer, quand la marée monte. Si Ton en croit 
la tradition — il en est de même partout 
— Veules a été autrefois une \ille impor- 
tante, a eu une riche marine, dont Dieppe 
s'est enrichi , de nombreuses industries 
soutenues par les capitaux des juifs , qui 
ont laissé leur nom à une rue. De tout 
cela, il lui reste ^es moulins et d'excellent 
cresson de fontaine. 



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I 

L 



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FOSSILES — POISSONS — PLANTES 



Les soulèvemens et les contractions qui 
ont agi sur la croûte du globe , ayant brisé 
les couches des falaises , elles ne peuvent 
pas présenter , sur une grande étendue , 
des assises horizontales. Ainsi , en allant 
du nord au sud, elles sont constituées 
par les parties supérieures de la craie, et 
montrent, en arrivant vers Fécamp, leurs 
couches glauconieuses ; ce qui rend leur 
destruction rapide. Les terreins glauco- 
nieux disparaissent de l'autre côté de la 
vallée ; mais on les retrouve à Etretat , 



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140 FOSSILES 

80US la forme d'un banc puissant qui se 

relève jusqu'au sommet du cap de la Hève. 

De Fécamp à Etretat , les - éboulemens 

sont donc plus rares que sur les autres 

points. 

Les terreins crétacés, recouverts, dans 
certaines parties , par la brèche crayeuse, 
renferment des pyrites ferrugineuses (fer 
sulfuré de la variété radiée Haûy)^ passant 
quelquefois au fer hydraté brun : ce mine- 
rai abonde entre Fécamp et Senneville. 

On remarque de beaux échantillons de 
craie subcristalline à Ganzeville, et auprès 
des fontaines de Grainval, qui s'échappent 
de la partie intermédiaire des formations 
crayeuses. 

On voit à Vaucotte une grande quantité 
de poudingues agathoïdes, à ciment sili- 
ceux, passant quelquefois au grès, et mé- 
langés de lignites et de rognons de fer 
oxidé limoneux. 

A Senneville, à Toussaint, à Malleville, 
etc., les grès se montrent en grandes 
masses à la surface du sol : ils ont été 
employés, dans ces contrées, à la construc- 

• 

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POISSONS ET PLANTES 141 

tion d'un grand nombre d'églises et même 
à l'intérieur des habitations. 

A Grainval, on a trouvé des bois fossiles; * 
et à Fécamp, dans le sol glaueonieux , des 
débris de poisson ; des ammonites ; des 
scaphytes ; des nautiles ; des ostrea (mais 
elles ne valaient plus rien) ; des gryphea; 
des plagios tomes (de vrai, on en ferait des 
plats, d'où l'étymologie). Puis, dans la craie 
supérieure : des térébratules ; des pecten y 
des ananchites ; des spatangues ; le gcrvilia 
solemïdes ^ curieusement renfermé dans 
une masse siliceuse, comme un bonbon 
dans une boîte ; et, entr'autres polypiers, 
le chaonites pyriformis, que j'ai pris pour 
une carotte, tant je suis simple. 

Desalluvions,desgli8semens de terrein, 
peut-être l'abaissement du niveau des eaux 
de la Manche, ont émergé le sol des vallées. 
A Fécamp, le port et la retenue renferment 
des lits tourbeux, que les travaux du port 
et du bassin ont mis à découvert à plusieurs 
reprises. On y retrouve des feuilles, des 
glands, des noisettes, des bois de cerf, etc. 
Le désagrégement des bancs glaueonieux 

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142 FOSSILES 

fournit, selon M. Ducrot (*), le sable vert 
qui constitue Tépaisse couche des vases de 
la retenue. 

La trace de cours d'eau disparus , est 
très-reconnaissable dans les vallées de 
Daubeuf et des Petits-Ifs. La rivière d'Etre- 
tat, par suite de la destruction des forêts, 
a dû s'amoindrir peu à peu avant de se 
frayer un passage sous les terres qui, n'é- 
tant plus retenues par les racines des végé- 
taux ligneux , ont glissé sur les couches 
inférieures. Autrement, il serait diflScile de 
comprendre comment il ne reste aucune 
notion écrite ou traditionnelle sur un évé- 
nement qui a changé — il y a deux siècles 
à peine — les conditions du territoire, et 
supprimé plusieurs usines. 

La composition chimique de l'eau 
éprouve de notables changements, selon 
qu'elle prend naissance dans les diverses 
couches calcaires ou , encore , que la 
nappe des puits ressent l'influence des 
marées. Tandis qu'à Fécamp les eaux des 

(') Mémoire manuscrit. 

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POISSONS ET PLANTES Uîi 

fontaines Bigot offrent 0,00501 sulfate de 
chaux, celles de la rivière souterreine 
d'Etretat en contiennent 0, 04575, du 
Havre, 0,02923 (sources de Ste-Adresse) , 
et 0, 25973 (source du Pont-Rouge), et 
que le puits de St-Valery, place du Mar- 
ché, en renferme 0, 03728 (*). 

On pêche sur les côtes plusieurs espèces 
de squales; de raies; les godes : morues ; 
charbonnier ( grehn ) ; tacaud ( poule ou 
gode) • mustelle (lote) ; églefin ; merlan, 
etc.; les scombres ^ maquereaux, caranx, 
ésoce (orphie); les dupées] alose, feinte, 
éprot, hareng. 

On affirme que le hareng accomplit, en 
bandes nombreuses, de fort longs voyages, 
qui se renouvellent d*une façon périodique, 
et se fait prendre successivement sur 
toutes les côtes. — Ceci me semble très- 
vrai ; car le hareng, long, gros, gras, dans 
le nord, où on le pêche d'abord, est d'un 
tiers plus court lorsqu'il arrive devant 
Saint- Valéry : phénomène sans exemple 
(') Des eaux potables, par E. Marchand. 

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\U FOSSILES 

et digne d'attirer l'attention de M. Costa 

ou de tout autre mangeur de poisson. 

On trouve encore : la truite salmone- 
saumonée; les centropomes^ mulet, loup (bar) 
— il y en a peut-être deux espèces, dont 
l'une atteint de grandes dimensions, quod 
est probandum; — la dorade; le gai verdâtre; 
le zéus forgeron ( dorée ) ; le gros-œil ; la 
vieille {rossignol); le cotte-scorpion (diable 
de mer) ; les trigles y mouline , grondin , 
rouget: Tatherine joël (prêtre); l'équille ; 
les pleuronecteSy turbot, barbue, sole, li- 
mande, flet; \es7nurenesy congre, anguille. 

Tous individus bêtes comme des poissons, 
et n'ayant de mérite que bien préparés et 
mis proprement sur un plat. 

On pêche plus rarement la baudroye (raie 
pécheresse) , le syngnathe-trompette , le 
lamproyon. J'ai vu une seule fois l'estur- 
geon , la lophie - histrion , et aussi un 
malheureux petit diodon, tout fâché d'avoir 
été pris si loin de son pays. 

Les rochers abritent une foule d'êtres 
singuliers. Ce sont, parmi les crustacés, les 

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POISSONS ET PLANTES 445 

hrachiures^cYsihe& ^palinure (étrille ou lyret) , 
tourteau, araignée de mer, et divers pino- 
ptères que je connais seulement de \ue. 
A Étretat, les folles à pêcher les raies ra- 
mènent souvent des dromies. Parmi les 
macroures^ le homard , le palemon squilla 
(salicoque^ bouquet) ; la crevette , mais en 
très-petite quantité ; le bernard-rhermite, 
qui s'empare violemment de Thabitation 
des buccins, etc. 

Le turbo littoreus (vignau), s'attache au 
roc , en même temps que le trochus^ le 
buccin (vignautte), la patelle (lampote) et 
la moule. La méduse, aux teintes blafardes, 
s'écrase en masses gélatineuses sur le va- 
rech , et l'anémone de mer étale ses bril- 
lantes couleurs à côté de l'horrible étoile 
de mer. 

Il y a bien encore une foule de petits 
êtres qui creusent les pierres, percent les 
bois, se cachent sous le sable; mais on 
trouvera bon que je n'en fasse pas, par le 
menu, la longue énumération. 

Le poulpe, hideuse bête aux longs bras, 

10 

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146 FOSSILES 

garnis de cupules, s'agite sous l'eau, dans 
le creux des rochers. Elien, Pline et leur 
digne continuateur Denys-de-Montfort, ont 
écrit sur cet animal de merveilleuses his- 
toires. On trouve encore la seiche, dont le 
têt calcaire est fort utile aux serins , et 
l'encornet, nommé à bon droit calmar, car 
non seulement il jette, comme la seiche et 
le poulpe, une liqueur noire, mais son os 
transparent ressemble à une plume de 
maître écrivain. Rien n'est joli comme 
les petits encornets, longs de trois centi- 
mètres, qui jouent dans les flaques : au 
moindre danger ils lancent une gouttelette 
d'encre, qui cache leur corps diaphane et 
ternit l'eau dans un rayon égal à celui 
d'une pièce de cinq francs. 

Tous les végétaux qui figurent dans la 
flore normande, croissent sur le territoire 
que nous venons de parcourir. Les vallées 
de Ganzeville et de Valmont sont une vraie 
Californie pour le botaniste. On cueille 
sur les rochers les fucus les plus bizarres, 
finement dentelés ou se déroulant en longs 

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POISSONS ET PLANTES 147 

rubans ; le dictyota dicothoma^ les hutchin- 
sia^ les ûlva linza et lactucay le chondria 
pinnatifida et articulata , des plocamium^ 
des sphœrococuSy le furcellaria lumbrica- 
lis y des delessenUy des laminaria^ etc., 
noms que j'ai eu la plus grande peine 
du monde à copier , et qui appartiennent 
aux quatre grandes tribus désignées par 
Lamouroux sous les noms de fucacées, 
de floridées, de dictiolées et d'ulvacées. 

Je ne citerai pas , parmi les \olatiles, les 
poules de Caux ; parcequ'elles sont bien 
loin d'avoir le mérite qu'on leur attribue 
encore , sous la foi d'antiques traditions. 
Mais je dois une mention particulière au 
f/uillcmoty qui vient nicher régulièrement 
sur les saillies de la falaise, au cap d'An- 
tifer. Les œufs du guillemot , dit Buffon, 
« sont de couleur bleuâtre et plus ou moins 
« brouillés de maculât ures noires ; ils sont 
« fort pointus par un bout, et très-gros pour 
« la grandeur de l'oiseau... il se laisse ap- 
, « procher avec une grande facilité, et c'est 
« de cette apparence de stupidité que naît 

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1 18 FOSSILES, POISSONS ET PLANTES 

M l'étymologie anglaise de son nom. » Les 
<*hasseurs poursuivent en barque le guille- 
niot qui, dès la fin juin, regagne les régions 
du nord. 



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EPILOGl i: 



Bien / de he l'auteur de n'avoir pas écrit ^ 
sur la première page de ee livre ^ cette sen- 
tence quintessenciée^ tirée h-œuvres de Maître 
François : « Pourtant^, advisez si conseil vo\h 
lez d'un fol prendre, » N'en croyez donc que ce 
qui vous plaira et ne le tenez partout pour pa- 
roles d'évangile. Vu que le bonhomme a trouvé ^ 
sous sa main^ un curieux^ joli^ petit mor- 
ceau de fer^ taillé camus comme le calamiis 
des anciens^ lequel^ caprieieusementy a couru 
sur le papier ; y traçant de longues traînées 
(rime encre — dont écrivaient les moines hé- 

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150 ÉPILOGUE 

nédictinsy leurs grands, gros, lourds in-folio 

— érabofd luisante et rouge , puis passant 

à une teinte noire merveilleusement triste â 

voir. 

En outre ledit auteur, ayant voulu corri- 
ger les épreuves, sans mettre ses besicles, a 
laissé ça et là de bonnes et nombreuses fautes 
typographiques : pourquoi il renonce à dres- 
ser un errata. Donnant ainsi au lecteur le 
plaisir, non petit, de placer une virgule, de 
redresser une coquille, d'ajouter un mot, de 
restituer une date, de compléter une phrase ^ 
d'arrondir une période ; mêmement de re- 
faire le livre en entier — auquel cas il n'en 
vaudrait que mieux. 



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TABLE DES CHAPITRES. 

PROLOGUE. Page 1. 

ETRETAT. Singulière affirmation d'un géographe , 
page 7 — Le sol est plus bas que le ni- 
veau de la haute mer, 10 — Bénédiction 
de la mer, 10 — Inondations 11 — Ri- 
vière souterraine, 11 — La fontaine, 11 — 
L'échouage, 11 — Les falaises, 12 — La 
valleuse de Bénouville, 13 — Fontaine 
incrustante, 14 — Le parc aux huîtres, 14 
L'église, 1 5— Légende, 1 5 — Antiquités, 1 6 

ETRÉTAT (d') à YPORT. La forêt de Fécamp, 17 — 
Les ronds des fées, 18 — Vaucotte, 19 — 
Les Ferrières, 19 — Le château des Ho- 
gues, 20 — Froberville, 21. 

YPORT . ' Ce qu'était Yport, 23 — ce qu'il est, 24 — 
L'église, 25 — Recette utile, 27. 

YPORT (d') à FÉCAMP. Les sources de Grainval, 29 — 
Les fermes du Pays-de-Caux, 31 — Le 
cimetière de Fécamp, 33. 

FÉCAMP. Son origine, 37 — La légende du Pré- 

cieux-Sang, 38 — Scrupules de l'auteur, 39 
Ouvrages sur Fécamp, 40 — L'ancien Cos- 
tume cauchois, 41 — Etude morale, 43 
— Conditions physiques, 46 — Quelques 
mots sur la ville, 47 — Le port, 50 — 
La pêche et le commerce au xvin' siècle, 
58 — Quelques chiffres, 62 — - Pillage 
des navires naufragés, 62 — Le com- 
merce maritime, statistique, 65 — ■ Eta- 
blissemens industriels, 66 — La cha- 
pelle de la Vierge, 69 — La source dite 



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du Précieux-Sang, 70 — Le phare, 70 — 
Le Bourg-Beaudouin, 71 — Escalade de 
la falaise, 71 — Doutes, 73 — La falaise 
d'Amont, 75 — Les portes, 76 — Une 
vieille histoire, 77 — Le galet, 79 — Le 
barrage, 80 — Les bains, 80 — Le Ca- 
sino, 81 — Les bains Morillon, 82 — 
L'église Saint-Etienne, 82 — L'église 
abbatiale, 83 — L'hôtel-de-ville, 89 — 
Le marché, 92 — Le théâtre, 92— L'hos- 
pice, 92 — Les carrières, 93 — Arbres 
et fleurs ; jardins Louvel, 97. 

FÉCAMP (environs de). Le Canada, 101 ~ La vallée de 
Ganzeville, 102— La rivière, légende, 103 
Carrières de Pétreval, 104 — Source de 
Mesmoulins, 104 — La vallée de Val- 
mont, 104 — L'Épinay, 104 — Colle- 
ville, 105— La ville d'Orival, légende, 105 
L'hermite de Vattecrit, légende, 106 — 
Le château de Valmont, 108 — L'abbaye 
de Valmont, 108 — Le miracle des roses, 
légende, 109— Fiquainville, 110— Le 
château des Ifs, 111 — L'If des Trois- 
Pierres, le chêne d' Allou ville , 111 — 
Yvetot, 111 — Caudebec, 111 — Lille- 
bonne, 112. 

FÉCAMP (de) à CANY. Senneville, 113 — Saint-Pierre, 
114— Sassetot, 114 —Les Dalles, 114 
— Saint- Martin- aux- Buneaux, 115 — 
Malle vilIe-les-Grès , 115 — IndiflFérence 
et souvenir, 115. . 

CANY, et ses environs. Cany, 119 — La vallée, 120 — 
Grain ville-la-Teinturière; de Bethencourt, 



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4'hospice, 21 —Le château d'Auffay, 12:2 
Le Vert-Buisson, 1^2 — Vittefleur, 124 
La chapelle de Janville, 125 — Veuleltos, 
125. 

SAINT-VALERY-EN-CAUX. Origine, 127 — La source du 
vent de nord, 128 — Le port, 129— Lo 
banc d'huîtres, 131 — L'établissement 
des bains, 132 — Les puits, 132. 

S.UNT-VALERY (environs de). Gueutleville : les' fondeurs 
de cloches, 1 35 — Pleine-Sève, Blosseville, 
Anglesqueville, Manneville, 136 — Veil- 
les, 136. 

FOSSILES, POISSONS et PLANTES, Formations des f.i- 
laises, 139 — Minerai de fer, 140 — Craie 
subcristalline, 110 — Poudingues, 140 

— Grès, 140 — Fossiles, 141 — Lits 
tourbeux, 141 — Cours d'eau disparus, 
142 — Poissons, 143 — Crustacés, 1 44 — 
Mollusques, 145 — Végétaux, /«cwa', 146 

— Le guillemot, 147 — Epilogue, l 49. 



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RENSFJGNEMENS UTILES. 



ETRETAT. 

Hôtels. — MM. Blanquet, Calentier, Develai, Hauville. 
Médecins. — MM. Demallendre, Miramont. 
Pharmacien. — M. Dufour. 

Voitures. — Pour Fécamp : Départs à 9 heures 1/l2 du 
matin et à 6 heures 1/2 du soir. 
Pour le Havre : Départs à 8 heures du malin et 5 heu- 
res du soir. 
Correspondance avec le chemin de, fer, station de 



Beuzeville, 



YPORT. 



Hôtel. — Leroux, 

Voitures. — Correspondance avec le chemin de fer dV 
Fécamp, 

FÉCAMP. 

Hôtel-de-Ville. — Bureaux de la Mairie, ouverts de 9 

heures du matin à 4 heures du soir. 
Bureaux de police, ouverts de 9 heures du matin à i 

heures du soir. 
Justice de paix, audience le vendredi (police), et le 

samedi (affaires civiles) à 10 heures du matin. 
Bibliothèque, ouverte le dimanche de 9 heures à 

midi; le lundi, pendant l'été: de midi à 4 heures; 

pendant l'hiver : de 6 heures du soir à 9 heures ; 

mardi, jeudi et samedi, de midi à 4 heures. 

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Tribunal de Commerce. — Audience le vendredi, à 11 

heures du matin. 
Enregistrement. — Place Saint-Elienne, de 9 heures à 

4 heures. 
Poste aux lettres. — Rue aux Juifs, levée de la boîte à 
11 heures du matin et à 8 heures du soir. 

Boîtes supplémentaires, rue des Forts (hôtel du Grand- 
Cerf) et rue des Prés. 10 heures 30 du matin et 7 
heures 30 du soir. 
Poste aux chevaux. — Rue du Havre. 
Vice-consuls. — MM. Victor Fréret: Angleterre, Suède, 

Norwège et Danemark; E. Couillard: Autriche; Houl- 

brèque : Espagne ; Leborgne père : Prusse et Pays-Bas. 
Notaires. — M«* Caron, rue Saint-Etienne ; Gelée, rue 

du Vieux-Marché. 
Cuisiniers, r- MM. Lechat, r. du Bail; Lecœur, r. des 

Forts ; Quesne, quai Bérigny. 
Dentistes, — MM. Lemierre, r. Arquaise ; Vincent, id. 
Hôtels. — Du Charriol-d'Or, place du Vieux-Marché ; 

du Grand-Cerf: Lemierre, r. des Forts; de Londres : 

Go vain, r. du Havre ; de France : Dubuc , r. du Gre- 
nier-à-Sel. 

Imprimeurs. — MM Dury, passage Sautreuil ; Hue, id. 
Libraires-Papetiers. — Banse, r. du Vieux-Marché ; Gar- 

nier (demoiselle), id. ; Picard (demoiselle), place de 

l'Abbaye. 
Médecins. — MM. Craquelin, r. à la Grise ; Defodon, r. 

de Mer ; Follin, r. des Renelles ; Lebouleiller, r. de 

l'École ; Lecanut, r. Sainte-Croix ; Liépart, r. aux 

Juifs; Valin, r. du Carreau. 
^Musique, Instrumens, Pianos et locatiofi. — MM. Fa- 
. Iras, passage Sautreuil ; Fayard, id. ; Perrin, r. de la 

Petite-Croix. 



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Pâtissiers. — JVIM. Hold, r. du Vieux-Marché; Lechat, 
. r. du Bail; Lecœur, r. des Forts; Lecoinle, id. 
Pharmaciens. — MM. Buisson, place du Vieux-Marché ; 

Couillard, r. de Rouen ; Duhamelet, quai Bérigny ; Le- 

mélais, r. des Forts; Leseigneur, r. de Mer; E. Mar- 
chand (chimiste), r. du Vieux-Marché ; Paquier, r. du 

Vieux-Marché. 
Voitures pour Etretat et le Havre. — M. Leroux, r. du 

Havre, départs à 5 heures i/2 du matin et à 2 heures 

1/2 du soir. 

Pour Cany, Saint- Valéry et Dieppe, bureaux chez 
M. Lambert, place de l'Abbaye, départ à 3 heu- 
res 1/2. 

Pour Valmont, Cany, Saint- Valéry, chez M. Govain^ r. 
du Havre, départs à 7 heures du matin et 3 heures 
du soir. 
Chemin de fer (service d'été) : 

Départ de Paris : minuit 15 m., 8 h. 25 du matin, 
1 h. du soir ; 

Départ de Rouen : 6 h. du matin, 11 h. 15 du ma- 
tin, 3 h. 50 du soir, 4 h. 40 du soir ; 

Départ du Havre : 7 h. du matin, midi et 6 h. 30 
du soir ; 

Arrivée à Fécamp : 8 h. 50 du matin, 1 h. 15 du soir, 
7 h. 45 du soir, 6 h. 15 du matin; 

Départ de Fécamp : 7 h. du matin, 11 h. 45 du matin, 

6 h. 10 du soir et 9 h. 15 du soir ; 

Arrivée au Havre : 9 h. du matin, 1 h. 5 m. du soir, 

7 h. 45 du soir, 10 h. 30 du soir. 

Arrivée à Rouen : 9 h. 44 du matin, 2 h. 5 du soir, 

8 h. 30 du soir, 12 30 du matin ; 

• Arrivée à Paris : 2 h. 15 du soir, 5 h. du soir, 11 h. 
30 du soir, 5 h. 15 du matin. 

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SAINT-VALERY. 

Tribunal de Commerce à l'Hôtel-de-Ville. — Audience le 

mardi à 11 heures du matin. 
Justice de Paix à l'Hôtel-ée-Ville. — Affaires civiles, le 
vendredi à 9 heures du matin. Police, le 2« et le 4« 
mardi de chaque mois. 
Poste aux lettres, rue du Havre. — i^^ levée à 8 heu- 
res du matin, 2« à 7 heures du soir. 
Boîte supplémentaire à l'Hôtel-de-Ville. 
Poste aux chevaux. — Rue de la Grâce-de-Dieu. 
Agent consulaire. — M. Leseigneur : Autriche, Suède, 

Norwège et Danemark. 
Notaires. — MM*» Gallemand, Hébert. 
Hôtels. — MM. Anthor, Deschamps, Picard. 
Libraires. — MM. Alleaume, Delaporte, Duchemin. 
Médecins. ~U^. Auzou, Boilay, Duteurtre, Morel. 
Pharmaciens. — MM. Grenier, Neveu. 
Voitures. — Pour Dieppe , tous les jours, à 6 heures 
du soir; les lundi, mercredi et samedi, à 6 heures 
du matin. 
Pour Gany et Fécamp, tous les jours. Départ à 6 heu- 
res, 10 heures du matin et 3 heures 1/2 du soir. 
Correspondance avec le chemin de fer, station de 
Motte ville. 



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